[Egotrip] Pourquoi écrire ses propres jeux ?

Il y a des gens en ville qui aiment les jeux de rôles. Venez les retrouver pour en discuter.

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Messagepar Coraline » Ven Mai 06, 2011 10:50 am

Rom1 a écrit:
Ecrire au moins de manière pro réclame souvent de respecter un certain cadre donc la liberté est moindre, d'autant plus quand l'écriture est collective.


Je pense que Coraline évoque plus le choix de se lancer là-dedans, la pulsion de départ.


Tout à fait :)
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Messagepar Pénombre » Ven Mai 06, 2011 11:25 am

StephLong a écrit:Ecrire au moins de manière pro réclame souvent de respecter un certain cadre donc la liberté est moindre, d'autant plus quand l'écriture est collective.


Oui et non. Ca dépend si tu écris dans un cadre prédéfini et sur lequel tu ne dois pas peser (genre, je vais pondre le xième scénario pour Forgotten Realms mais je ne dois pas éradiquer de cité, créer de menace mondiale, tuer un pnj officiel etc...) ou si tu participes directement à la construction du cadre, voire de ses bouleversements.

Si tu es dans le premier cas, alors, effectivement, la liberté est moindre et si en plus tu travailles dans une équipe, il faut gérer des choix et des envies différentes, sachant qu'une partie en est déjà pré-verrouillée.

Si tu es dans le second cas, alors les choses sont plus compliquées. A moins d'avoir un projet ou un seul type décide tout seul de tout le contenu et que les autres soient juste là pour le mettre en forme, les choses sont toujours plus interactives. Evidemment, tu n'y trouves pas forcément ton compte dans le sens ou la majeure partie de tes idées, ou celles qui sont le plus importantes à tes yeux, n'intègre pas forcément le projet réalisé, mais on peut dire ça de chaque autre membre de l'équipe. Il y a bcp d'alchimie inter-personnelle, aussi.

A l'inverse, dans une démarche purement individuelle, il y a toujours - en tous cas dans mon vécu - des aspects, des points précis d'un projet auxquels tu n'attaches pas autant d'importance qu'à d'autres. Par affinité, par aptitude, par lassitude, etc. On peut se retrouver dans un fonctionnement collectif où les autres te permettent de mieux intégrer ces pans du projet dans sa réalisation, parce que ça leur parle davantage, c'est le niveau un du travail en équipe. Mais on peut aussi se voir amené - justement à travers les interactions et les envies des autres - à revoir tel ou tel aspect et à lui donner soi-même un contenu, une importance, qu'on négligerait en temps normal et en solo.

Le fait est que rien ne peut être décrété à l'avance. A moins de se lancer dans un projet collectif ou les participants se connaissent intimement et ont une démarche créatrice vraiment fusionnelle, je ne connais pas un seul projet artistique (et j'en connais quelques uns hors jdr) collectif, mono ou multi-médium, dans lequel la dynamique, le travail et les interactions sont entièrement comme les participants le voudraient. Et c'est bêtement et banalement tout à fait normal.

A l'inverse, en solo, tu n'as pas de deadline, tu n'as pas d'écho à tes propres cogitations, tu n'as pas de coup d'oeil extérieur mais informé en même temps. Intimement, c'est effectivement bien plus satisfaisant, mais après, difficile d'en faire une loi générale, dans le sens ou tu peux avoir envie de bosser seul pour éviter le rapport à l'autre (avec toutes les divergences, oppositions et remises en question qu'induit un travail collectif) ou parce que simplement tu préfères travailler comme il te plait, à ton rythme, avec tes idées et en aveugle.

Disons en simplifiant que travailler seul offre davantage de garanties de faire quelque chose qui te plaise intimement, et travailler en groupe offre davantage de garanties de faire quelque chose qui sera plus grand que tu ne le révais (en termes de volume, mais aussi de diversité et de richesse des idées). Je dis bien dans les deux cas "davantage de garanties", pas que c'est un principe qui s'applique de manière absolue, juste un faisceau de potentiels. Tu peux avoir un projet perso dense et riche, et un projet collectif trop consensuel pour avoir une véritable identité, aussi.

Ensuite, il y a la nature du travail collectif. Si par exemple travailler à deux ça signifie "j'écris et tu illustres", c'est tout autre chose que "nous sommes deux à écrire". C'est surtout à partir du moment où plusieurs personnes touchent à un même aspect du projet, et essaient donc naturellement de mettre en avant leurs idées, que l'on se prend vraiment dans la figure les possibles complications et contraintes de la démarche "nous créons la même chose ensemble", très différentes de celle du "chacun a son domaine réservé dans le projet d'ensemble".
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Messagepar StephLong » Ven Mai 06, 2011 12:19 pm

Coraline a écrit:Excuse moi, mais je n'ai pas compris ta dernière phrase...


Effectivement elle n'est pas clair, pfiou posté avec un téléphone en catastrophe ça fait écrire n'importe quoi.

Je pense qu'il y a moins d'intime dans une écriture ludique que dans une écriture littéraire, on y met de soi à chaque fois hein mais il me semble que dans la littérature certains des personnages ont des traits, une attitude qui peut faire référence à ce qu'est l'auteur. Dans un bouquin on peut y aller de certaines considérations philosophiques, de certaines analyses, visions de la vie qui renvoient à ses propres interrogations, c'est moins la cas dans le ludique AMHA

Pénombre, pour ce qui est de l'écriture en solo, tu peux aussi avoir une deadline, à partir du moment où tu signes chez un éditeurs, il y a une date de sortie, et bien souvent l'écriture n'est pas achevée ou doit être remaniée donc il y a la pression du temps.
En outre on ne bosse jamais seul, on en parle autour de soi, on fait relire pour avoir des avis, ça évite ce manque de recul que l'on a souvent sur sa propre écriture.
Quand je parle de collectif je faisais référence à une écriture collective où chacun apporte sa pierre à l'édifice et échange avec les autres, pas un truc partitionnés et séparés qui à mon sens provoque un manque de liant quant au résultat.
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Messagepar Etienne C » Ven Mai 06, 2011 1:08 pm

Le besoins, l'envie, la pulsion de l'écriture est certainement intime et peut être relevant peut-être d'un niveau de langage autre que celui de la raison. Ce besoin, cette pulsion cette envie relève peut-être du cœur ou même du corps. Et part de "danser" cette manifestation, énergie, qui pousse à écrire, je ne voix pas comment le ramener au niveau du langage de la raison (la poésie peut-être).

Par contre il est un moment quelque chose qui m'a interpellé.

Sevoth a écrit:J'ai toujours considéré que j'écrivais mal, pour ma part.
Pas intéressant, répétitions à tout va, rien à raconter, mauvaise mise en forme...
J'écrivais néanmoins assez régulièrement.
Mais j'ai pris la décision de sceller définitivement ma plume. Ou plus précisément de la réserver à mon travail de juriste, en écrivant des choses ennuyeuses. :]


Pourquoi, cela m’interpelle ? Parce que je suis dans un cas similaire. Je maitrise depuis 1983 (presque 30 ans déjà), Ce sont MES campagnes écrite et réalisé proposé à une petite trentaine de joueurs différents.
Mais maintenant, je reprends l'ensemble de ces campagnes pour les écrire d'un point de vue du scénariste (et non plus du MJ qui va faire jouer sa création). Sans forfanterie, j'ai eu un ressentit et un retour positif de mes création et de la maîtrise, durant toutes ces parties durant toutes ces années. Là n'est pas le problème.
Le problème c'est écriture d'un point de vue du scénario, cette création là. Ce que j'écris NE VA PAS ! (Tiens une des raisons pour lesquelles je me suis intéressé à l'écriture de scénario pour le cinéma, la télé).

Ce n'est pas la pulsion créatrice qui manque, c'est cet autre chose qui ferais que le scénario, la campagne soit transmissible à d'autres, ou au moins qu'il puisse exister un objet plus pérenne que le souvenir de ces centaines de partie.
L’envie, le besoin de raconter des histoires « interactives » est là, le désir d’écrire aussi.

Ce n’est pas une question de système à enrichir, j’avais produit le mien et quand j’ai découvert le DK système finalement c’est sur lui qu’est tombé mon dévolu car c’est celui que j’aurais voulu inventer.

La question pourrait qu’est-ce qui me pousse à vouloir écrire au-delà de mes parties et mes joueurs ? Pourquoi est-ce que je cherche une « partition rolistique » pour écrire ma « musique scénaristique » ?

Je n’en sais foutrement rien. Le besoin est là, l’envie est là, mais la capacité ou le talent à cela n’y est pas. Et dans la relation avec la création liée à l’écriture c’est douloureux.

Merci à Sevoth d’avoir exprimé ce qu’il a exprimé.
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Messagepar Pénombre » Ven Mai 06, 2011 1:23 pm

StephLong a écrit:
Je pense qu'il y a moins d'intime dans une écriture ludique que dans une écriture littéraire, on y met de soi à chaque fois hein mais il me semble que dans la littérature certains des personnages ont des traits, une attitude qui peut faire référence à ce qu'est l'auteur. Dans un bouquin on peut y aller de certaines considérations philosophiques, de certaines analyses, visions de la vie qui renvoient à ses propres interrogations, c'est moins la cas dans le ludique AMHA


Sur le principe, effectivement. Mais dans le même temps, tu n'attends pas la même chose du lecteur. Dans un roman, tu l'invites à voyager et à s'immerger dans tes protagonistes et leurs péripéties. Dans un cadre de jeu, tu leur proposes un univers avec des situations à définir et dans un scénario, des problématiques parmi lesquels évoluer (je simplifie, hein). A moins de leur balancer de la nouvelle d'ambiance toutes les trois pages, tu ne leur proposes pas de t'accompagner sur ta route, mais de bâtir la leur à partir de ce que tu leur propose.

(mais on peut avoir quelques surprises bien dissimulées, cependant... on n'écrit jamais en dehors de soi, à moins de devoir exécuter une commande).

Pénombre, pour ce qui est de l'écriture en solo, tu peux aussi avoir une deadline, à partir du moment où tu signes chez un éditeurs, il y a une date de sortie, et bien souvent l'écriture n'est pas achevée ou doit être remaniée donc il y a la pression du temps.


Certes. Et tu peux même te fixer tes propres deadlines. Il y a même des gens qui s'y tiennent, en plus. Mais en solo, tu n'es pas obligé de remanier ton travail ou d'accélérer le rythme parce qu'il faut impérativement que d'autres membres de l'équipe disposent de telle règle, de tel élément de background ou de telle problématique avant la date X. En fait, tes deadline en équipe ont possiblement un impact direct sur le travail des autres et leurs deadlines à eux.

En outre on ne bosse jamais seul, on en parle autour de soi, on fait relire pour avoir des avis, ça évite ce manque de recul que l'on a souvent sur sa propre écriture.


Loin de moi l'idée de minorer cela - pas après avoir fait le relecteur et le comité de lecture pour un éditeur, pour une équipe de concepteurs, pour des rédacteurs, etc... durant plusieurs années - mais je suis au regret de dire que si tu ne dois pas remettre en question ou remanier "quelque chose" que tu as fait toi-même, alors à mon sens, tu ne "bosses" pas vraiment. Evidemment, un lecteur peut t'inciter à modifier certains concepts, mais c'est pas lui qui le fera, même s'il te fait des propositions, c'est toi.

Evidemment, si ton lecteur de sert de muse et te fournit des idées ou des liens entre idées, alors c'est autre chose. Mais alors, en dehors du fait qu'il n'écrit rien, et bien il crée lui aussi et là, tu ne bosses pas du tout "seul". Auquel cas, ça serait erroné de le dire.

Quand je parle de collectif je faisais référence à une écriture collective où chacun apporte sa pierre à l'édifice et échange avec les autres, pas un truc partitionnés et séparés qui à mon sens provoque un manque de liant quant au résultat.


C'est clair. Mais justement, tu touches du doigt le fait que souvent, illustrateurs et auteurs sont des personnes différentes, qui n'ont pas forcément des compétences d'une qualité utilisable par l'autre. Et là, c'est pas le partionnage qui conditionne le liant, c'est la relation entre participants et la manière dont chacun tente de se nourrir de la créativité de l'autre pour alimenter la sienne. C'est le cas d'une très grande majorité d'ouvrages dans la bande dessinée, notamment. Et on ne parlera pas du cinéma ou de la télévision, ou c'est encore plus complexe (le scénariste, le dialoguiste, le metteur en scène, le cameraman, l'acteur...). Le partionnage reflète une orientation, mais il ne préconditionne pas vraiment le résultat, parce que celui ci résulte bien plus de l'émulation que de la spécificité des tâches.

D'ailleurs, les projets collectifs au sens où tu les définit dans ton post, dans lesquels l'émulation se tarit, voir laisse la place à du ressentiment et des dissensions, ne manquent pas il me semble. Les enjeux ne se situent pas du tout sur les mêmes "failles sismiques" quand les gens doivent apporter leurs concepts personnels à un projet d'ensemble et qu'il y a à la fois compétition et collaboration pour créer un tout cohérent.

De toute façon, il y a un partionnage qui se fait par la force des choses, s'il n'est pas déterminé dés le départ. Même dans le cadre d'un projet ou tout le monde fonctionne sur un seul medium (mettons par exemple "créons toute la partie texte d'un jeu de rôle complet, mais sans s'intéresser aux graphismes et aux histoires d'édition, de format, etc..."), si dés le départ tu n'as pas "monsieur nouvelles, monsieur système, monsieur pnj" très rapidement, les spécialités de chacun se font jour, ou des membres de l'équipe pas trop rétifs se retrouvent à gérer ce que les autres ne veulent pas toucher.

C'est une des facettes de la démarche collective à laquelle on ne pense pas toujours d'ailleurs : les besoins du projet peuvent faire en sorte que tu développe des compétences, ou même des affinités envers certains aspects du travail nécessaire, qui ne te seraient jamais venus à l'idée, alors que dans le même temps, même dans le cadre d'une bonne émulation, tu sais qu'il te faudra laisser tomber une partie de tes idées et concepts.

En tous cas, c'est à peu près ce que j'ai pu expérimenter, ou observer.

Seul, on apprend beaucoup. Mais à plusieurs aussi. Juste, on apprend pas la même chose, et on ne se confronte pas aux mêmes problèmes. On peut définir cet aspect "seul/groupe" comme notre axe X.

Et en axe Y, mettre la nature du projet (amateur, professionnel, commandé...).

Et sur un troisième axe, la nature des compétences requises (je peux tout faire seul, on est plusieurs sur un même aspect, chacun à son aspect du projet où il est seul, on nous fournit des contraintes externes et on doit évoluer avec...)

En gros, juste pour visualiser, quoi.
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Messagepar Pénombre » Ven Mai 06, 2011 1:47 pm

Mais maintenant, je reprends l'ensemble de ces campagnes pour les écrire d'un point de vue du scénariste (et non plus du MJ qui va faire jouer sa création). Sans forfanterie, j'ai eu un ressentit et un retour positif de mes création et de la maîtrise, durant toutes ces parties durant toutes ces années. Là n'est pas le problème.
Le problème c'est écriture d'un point de vue du scénario, cette création là. Ce que j'écris NE VA PAS ! (Tiens une des raisons pour lesquelles je me suis intéressé à l'écriture de scénario pour le cinéma, la télé).

Ce n'est pas la pulsion créatrice qui manque, c'est cet autre chose qui ferais que le scénario, la campagne soit transmissible à d'autres, ou au moins qu'il puisse exister un objet plus pérenne que le souvenir de ces centaines de partie.
L’envie, le besoin de raconter des histoires « interactives » est là, le désir d’écrire auss


J'en reviens à ce que je disais dans mon tout premier post :, je me cite donc

Pourquoi écrire du jdr ?
- Parce qu’une fois écrites, les idées prennent une cohérence et une consistance qu’elles n’ont pas quand elles restent à l’état de songes, ou de notes éparses. Ecrire, c’est formaliser, donner substance et forme à un ensemble de choses qui demeurent plus floues et incomplètes sans cela. Ecrire, c’est se confronter à des questions sur ce qu’on a déjà imaginé, afin de l’amender, le compléter, l’enrichir, le construire plus en détail et/ou en ampleur.


A cela, tu ajoutes le fait de "transmettre" à des inconnus des choses qui relèvent surtout d'un vécu personnel. J'ai déjà écrit des trucs que j'avais fait jouer. Et d'autres trucs, non (genre "tiens, ponds nous un scénario avec telle thématique"). Dans le premier cas, personnellement, j'ai été confronté à "comment je fais rentrer tout ça de manière compréhensible ?" et dans le second "qu'est ce que je vais bien pouvoir inventer autour de cette arborescence encore squelettique ?". En caricaturant.

Je suis pas un bon écrivain, clairement. Donc, à chaque fois, c'est une question qui est revenue se poser, et à chaque fois, j'ai regardé mon expérience en la matière, et j'ai eu l'impression qu'elle ne me servait pas à grand-chose.

Et pourtant, en fin de compte, j'y arrive toujours. Je ne dirais pas que c'est convaincant pour le lecteur, et je ne dis pas que ça l'est toujours pour moi. Mais j'y arrive, en prenant le temps de souffler cinq minutes (ou cinq jours...), en pensant à autre chose, en faisant mien le mantra d'un certain Ray Bradbury, qui disait fort justement ceci :

Relax
Work
Don't think.

Ca n'a rien de parfait, mais pour moi, c'est très précieux. A un moment, il faut arriver à passer outre ses propres cogitations, et se lancer. Une fois. Plusieurs fois. C'est l'action qui génère le résultat, pas la réflexion. Parce qu'on peut réfléchir pendant qu'on agit, corriger le tir, avoir de nouvelles idées, mais que si on se contente de réfléchir sans agir... il faut parfois avoir le courage de se lancer alors qu'on sait qu'on a la tête presque vide. Pour faire travailler la machine à partir du peu qu'on a. Parce que si on attend d'avoir ce qu'il faut...

Apprivoiser la muse, c'est aussi rester passif, se détendre, pour que juste une toute petite idée arrive alors qu'on est au milieu du désert. Ca ne suffit pas toujours, mais si on cherche la muse en retournant tout à coups de pelle, on termine complètement sâle et on a rien dans les mains. Quelle déception.

On peut avoir des outils, des méthodes, des techniques persos. A un moment, il faut se faire confiance, et se planter, et recommencer, etc. Ca peut marcher du premier coup, un élément peut apparaitre, une voie s'ouvrir. Ou pas.

Mais je suis vraiment, vraiment, désolé. Personnellement, je ne peux dire à personne, même pas à moi-même "tiens, voilà un truc, tu le fais et à coup sûr ça marche".

Tout ce que je peux dire, c'est "osez encore, tant que vous le pouvez, et même si vous seul lisez ce que vous faites"

Ca aide beaucoup, de faire des "petits rien" pour soi : de la poésie à deux centimes, des textes courts sans queue ni tête, des états d'âme, la poursuite en roule libre à partir d'un fragment de texte d'un auteur qui nous plait, etc.

C'est comme n'importe quel exercice physique : faut pas se crisper, être doux et patient avec soi-même quand on n'a pas la contrainte d'un résultat X à fournir avant une date Y. Avant de pouvoir courir en compétition, on court d'abord tous les jours tout seul. On peut se fixer des contraintes, ou en trouver auprès d'autrui (par un livre, un mentor, un ami, un lecteur) selon sa nature, sa timidité, ce qu'on a à dire.

La qualité intime de la création ne se mesure pas à son volume, ni à ce que les autres vous procurent comme sensations agréables en vous montrant qu'ils apprécient. Avant tout, elle se mesure à la capacité qu'on a soi-même de revenir dessus par la suite, de se relire et de se dire "là, j'avais un bon truc, et il me plait encore".

Les bons auteurs, je sais pas ce que c'est même si je peux voir leur résultat. Je sais pas comment le devenir. Mais être un auteur qui peut arriver à se relire des années après sans grincer des dents, comme s'il revisitait un vieil ami, avec un certain plaisir auquel s'ajoute une douce nostalgie et une compassion envers celui qu'on était, avant, je crois que c'est un objectif raisonnablement possible, même quand "on ne sait pas écrire".

Créer, c'est comme je l'ai déjà dit un autre moyen de s'aimer, avant tout. Et on ne cesse jamais, dans ce domaine comme dans bien d'autres, de devoir réapprendre.

Les seuls qui peuvent s'en dispenser, ce sont les gars qui font UNE oeuvre, parfaite, et qui s'en vont ensuite le sourire aux lèvres, en plein nirvana, jusqu'à la fin de leurs jours.

Et des gars comme ça, j'en ai jamais vu. Nulle part. Par contre, des gars qui ont fait UN truc énorme, et puis qui ont été heureux de passer à autre chose, parce qu'ils avaient tiré tout ce qu'ils pouvaient de leur créativité et qu'elle leur a donné de quoi s'aimer autrement, dans d'autres facettes de leur vie... il y en a un peu plus. Et j'ai beaucoup d'affection pour tous ces gens là.

Faites comme vous le sentez, ça vous mènera toujours quelque part. Même si vous seul appréciez la balade, ben c'est déjà qu'il s'agira d'une belle balade, non ?
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Messagepar Brand » Ven Mai 06, 2011 1:52 pm

Steph a écrit:Je pense qu'il y a moins d'intime dans une écriture ludique que dans une écriture littéraire


Pénombre a écrit:Sur le principe, effectivement.


Si on excepte le fait qu'il est plus rare de produire un jdr qu'un roman tout seul, je vous avoue que je ne comprends pas pourquoi vous dites ça. A priori, j'aurais tendance à dire que c'est pareil et que c'est juste la forme de cette expression qui change.
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Messagepar Mugen » Ven Mai 06, 2011 9:53 pm

Pour ma part je n'ai jamais écrit de jeu de rôle.

Par contre, j'ai inventé beaucoup de systèmes et de backgrounds, mais rien qui n'ai été fait dans l'optique d'être publié voire même simplement lu par d'autres.

Et il s'avère que je ne fait pas l'un ou l'autre pour les mêmes raisons.

-Pour les systèmes, c'est plutôt une stimulation purement intellectuelle. Par exemple, re-travailler une idée qui existe dans un autre système et que je trouve mal éxecutée. Ou créer un modèle qui colle à une scène d'un film.

-Pour les backgrounds par contre, c'est clairement une envie de jeu qui va être à l'origine de mon envie. Cela étant dit, mon univers le plus complexe est né du besoin de jouer à RuneQuest, mais hors de Glorantha.

Après, la frustration née de la lecture de Casus quand j'étais ado n'y est pas non plus pour rien : comme je n'avais pas les sous pour me payer les jeux qui y étaient présentés, ben je créais dans mon coin...
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Messagepar Capricorne » Sam Mai 07, 2011 9:09 am

@ Narbeuh
Petit canaillou : on private joke sur l'ego sur son blog? C'est pas bô, ça.
:;p
¢
(qui n'avait rien de pertinent à ajouter)
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Messagepar Narbeuh » Sam Mai 07, 2011 1:57 pm

Oh mince, j'ai donc des lecteurs.

:;)
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Messagepar Rom1 » Dim Mai 08, 2011 11:16 am

Si on veut parler de vrai ego, on peut aller lire Dirty MJ...
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Messagepar Coraline » Dim Mai 08, 2011 11:31 am

Rom1 a écrit:Si on veut parler de vrai ego, on peut aller lire Dirty MJ...


+ 1 ^^'
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Messagepar Macbesse » Sam Juin 11, 2011 1:02 pm

J'ai un peu l'impression que la plupart des intervenants ont un peu esquivé la question. Il faut dire que la question de l'égo a longuement parasité la réflexion.

Cependant, je dois bien reconnaître que j'aurais beaucoup de difficultés à expliquer mes propres pulsions de création. Je vais donc en être réduit à citer Julien Gracq, qui avait, lui, mûrement réfléchi sur ce qui le poussait à écrire des romans. J'en profite pour vous recommander, et tout particulièrement à Loris que je sais fan de l'auteur, son En Lisant, en écrivant.

Grand lecteur, lecteur avide même, il estimait que son processus d'écriture se mettait en place à partir du moment où il ne trouvait pas dans ses lectures ce qu'il aurait eu envie de lire. L'écriture était donc chez lui une sorte de supplétif à la lecture, le moyen de combler une carence. Ce n'est pas qu'il s'estimait meilleur que les autres auteurs, mais leurs oeuvres ne pouvaient pas combler tous ses besoins de lecteur.

Tout simplement.
Je dévorerai la bureaucratie comme un loup,
Et j'envoie au diable tous les papiers.
~Maiakovski
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Messagepar Xaramis » Sam Juin 11, 2011 7:05 pm

Jusqu'à présent, je n'ai pas écrit un JdR entier, mais plutôt "pour du jeu de rôle" (scénarios, aides de jeu, etc.). Si je l'ai fait, c'est pour des raisons diverses, et pas forcément concomitantes :
- je prends plaisir à me creuser un peu la tête pour cogiter des aventures dont j'espère qu'elles pourront être utiles à des MJ et agréables à des MJ et des joueurs ;
- j'aime donner un coup de main à des gens dont j'apprécie le travail en JdR ;
- j'aime soutenir, à la mesure de mes moyens, un jeu ou un magazine que j'apprécie ;
- je trouve plaisant de voir qu'au fur et à mesure que des gens me lisent, certains me disent qu'ils reconnaissent mon "style". Pas forcément dans la langue que j'emploie, mais dans la tonalité de mes textes, en particulier mes scénarios.

Et si j'ai envie d'écrire un JdR, c'est parce que j'ai envie de formaliser, en un document, un univers de jeu :
- dans lequel j'ai plaisir à faire jouer des gens ;
- dans lequel je pense que d'autres que moi auraient plaisir à faire jouer et à jouer ;
- qui n'a pas déjà été proposé dans un JdR (à ma connaissance tout au moins).
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Messagepar Footbridge » Dim Juin 12, 2011 9:02 pm

Quand j'écris (et je le sais puisque je viens tout juste de finaliser les règles de New Heaven) c'est une envie "personnelle". Est-ce qu'on appelle ça de l'ego ou pas, je ne sais pas, mais en tout cas, si je créé un jeu ou un livre, c'est parce que j'ai un message à faire passer, un thème que j'ai envie d'explorer, que ce soit dans l'esthétique, ou dans l'originalité du système et de la proposition ludique.

C'est un investissement de temps colossal avec un retour quasi nul derrière, donc oui c'est une envie.

En général j'ai une liste d'idées ou de thèmes que j'aimerai traiter, en face une liste de "modes" de traitement et de formats et puis quand le moment vient, avec l'inspiration, je connecte un thème avec une idée de traitement et je me lance.
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