Faites entrer l'accusé

Il y a des gens en ville qui aiment les jeux de rôles. Venez les retrouver pour en discuter.

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Messagepar Fabien Lyraud » Mer Nov 13, 2013 5:02 pm

Un espion anglais retrouvé mort dans un sac de sport fermé par un cadenas à double tour. Un accident selon la police.
http://www.liberation.fr/monde/2013/11/ ... or=rss-450
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Messagepar Odillon » Mer Nov 13, 2013 5:38 pm

On avait parlé de cette affaire ici déjà http://www.subasylum.com/Antoniobay/vie ... 558#131558
mais ils n'avaient pas encore classé l'affaire.
Et en plus, je n'ai strictement rien à vous vendre.
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Messagepar Léonard » Mer Nov 13, 2013 6:08 pm

Fabien Lyraud a écrit:Un espion anglais retrouvé mort dans un sac de sport fermé par un cadenas à double tour. Un accident selon la police.


Ce titre d'article est une merveille ! :3))
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Messagepar Odillon » Mer Nov 13, 2013 11:23 pm

Une petite partie du premier acte de ma partie du week-end dernier traitait de façon indirecte des tensions entre le Venezuela et Trinidad et Tobago. Je m'étais basé sur cet article traitant des diverses tensions entre États dans les Caraïbes sur les zones frontalières maritimes.

Dans cet article, un focus sur la question de "l'île fantôme de Bermeja" me semble être de l'or en barre pour un paquet de jeux contemporains. Je le reproduis ici :

« L'île fantôme » de Bermeja

L'existence de l'île mexicaine inhabitée de Bermeja à 100 milles environ au large du Yucatán est attestée de 1864 à 1946 dans plusieurs documents et publications4, sa superficie (80 km2… bien plus qu'un simple rocher !) et ses coordonnées (22° 33' N et 91° 22' W) en sont données avec précision. Or, en 1997, lorsque débutent les négociations entre le Mexique et les États-Unis pour fixer la frontière de leurs ZEE respectives, une expédition militaire navale mexicaine ne peut qu'en constater la disparition ! Les accords Clinton-Zedillo du 9 juin 2000 ne la prennent donc pas en compte. Par une étrange coïncidence, il s'avèrera que le tracé adopté donne aux États-Unis la majeure partie de l'énorme gisement de pétrole offshore de Hoyo de Dona estimé à 22 milliards de barils (si Berméja avait existé, ce gisement serait mexicain).

Depuis lors plusieurs faits troublants ont relancé la polémique au Mexique : promotion au grade d'amiral par le président Zedillo, signataire de l'accord, du chef de l'expédition de 1997, reconversion dans les affaires (aux États-Unis !) du même président, mort suspecte d'un sénateur qui accusait les autorités de l'époque de corruption et d'avoir vendu les richesses du Mexique aux multinationales américaines.

Image

Le mystère de « l'île fantôme » reste insondable : a-t-elle jamais existé ? (on n'en a semble-t-il ni cartes ni photos). Les hypothèses les plus extravagantes ont été publiquement évoquées par diverses voix de l'opposition parlementaire de gauche et relayées par la presse : aurait-elle été submergée par la montée des eaux due au réchauffement climatique (mais le seul haut-fond qui pourrait y correspondre est à - 40, - 50 m de profondeur !) ? … Voire dynamitée par la CIA ! … Affaire à suivre sans doute.


EDIT 22/03/2013 : j'ai plusieurs fois édité ce message car le site qui a publié l'article change régulièrement l'url de l'image que je reprends. La carte qui s'affiche a donc changé plusieurs fois. Si vous voyez que la carte ne correspond pas à l'article, c'est qu'ils ont encore changé l'url de l'image et que je ne m'en suis pas encore aperçu.
Modifié en dernier par Odillon le Sam Mar 22, 2014 5:28 pm, modifié 2 fois.
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Messagepar Léonard » Jeu Nov 14, 2013 12:35 pm

Ah oui, j'avais déjà entendu parler de cette histoire ! J'adore !
Encore une histoire d'île mystérieuse, qui peut donner un scénario formidable.
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Messagepar Odillon » Mar Déc 03, 2013 5:36 pm

Le mois dernier, le Nouvel Observateur a publié une longue interview de Daniel Froment, chimiste en retraite de 72 ans qui de 1965 à 2006 a travaillé sur le programme d'armement chimique de la France, au centre d'études du Bouchet, un établissement militaire secret situé dans l'Essonne. Officiellement, la mission était de trouver des moyens de protéger des militaires français contre des armes chimiques étrangères et officieusement d'être prêt à développer en quelques mois un arsenal chimique opérationnel si la France estimait en avoir besoin.

L'interview est iciet je pense que, par bien des aspects (situation en France, type de tests à l'étranger ou sur le territoire, utilisation de ces armes sur la période 65-2006, etc.), elle peut servir de source d'inspiration.
Et en plus, je n'ai strictement rien à vous vendre.
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Messagepar Léonard » Mar Déc 03, 2013 6:47 pm

En tout cas, depuis que j'ai Night's Black Agents, je sais avec quel jeu exploiter enfin les inspirations d'Odillon.

!!!!
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Messagepar Le Passeur » Mar Déc 03, 2013 7:23 pm

Odillon a écrit:Le mois dernier, le Nouvel Observateur a publié une longue interview de Daniel Froment, chimiste en retraite de 72 ans qui de 1965 à 2006 a travaillé sur le programme d'armement chimique de la France, au centre d'études du Bouchet, un établissement militaire secret situé dans l'Essonne. Officiellement, la mission était de trouver des moyens de protéger des militaires français contre des armes chimiques étrangères et officieusement d'être prêt à développer en quelques mois un arsenal chimique opérationnel si la France estimait en avoir besoin.

L'interview est iciet je pense que, par bien des aspects (situation en France, type de tests à l'étranger ou sur le territoire, utilisation de ces armes sur la période 65-2006, etc.), elle peut servir de source d'inspiration.


Mon oncle (à la retraite) a bossé avec Froment pendant de nombreuses années au Bouchet (le Bouchet n'est pas secret, Vert-le-Petit est officiellement un lieu de recherche militaire, M.Froment n'est également pas le "dernier" ingénieur, mon oncle a fait partie de ces projets et le décrit comme quelqu'un aimant bien se mettre en avant), est tombé sur le cul en voyant l'interview.
Il y a trouvé de nombreuses exagérations mais également des divulgations dangereuses de secrets d'état (notamment le projet ACACIA (système de défense chimiques face à une éventuelle attaque chimique, très sale de son point de vue. Je crois que le sigle veut dire Armement de Contre Attaque Chimique et le reste j'ai oublié), sensé avoir été arrêté par l'armée alors qu'il continuait sous un autre nom). Il a ajouté que Froment risquait d'avoir de sérieux problèmes après cette interview mais avoue que l'hypocrisie de la France, par exemple, à propos des armes chimiques en Syrie est navrante.
On sait par exemple que les lanceurs utilisés pour les armes chimiques sont spécifiques et que seules quelques rares usines d'armement peuvent les produire. On sait donc exactement qui et combien de personnes ont ce type d'arme dans ce sens où nous leur avons vendus.
Envoyé par l'ONU en Irak avant la guerre à W., il avait également su que l'armement chimique de Saddam était bien présent, mais vétuste, ne représentait pas une menace pour les frontières (les lanceurs ne permettaient qu'une attaque intérieure et ne justifiaient absolument pas une intervention armée).

C'est intéressant, mais il n'en parle que très peu, avec une certaine gêne dans le sens où il nous avait dit un jour "je n'ai pas envie de vous parler de ça, parce que vous ne seriez pas très fiers de moi.". On a préféré garder l'image du casque bleu.
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Messagepar Odillon » Lun Déc 09, 2013 3:58 pm

Je rebondis sur l'actualité et Mandela pour revenir sur l'assassinat à Paris en 1988 de la militante de l'ANC, Dulcie September. Il est probable que des milieux françafricains (qui contournaient l'embargo visant l'Afrique du Sud en passant par les Comores, fief personnel, de facto, du mercenaire français Bob Denard) aient joué un rôle dans ce crime.

Je reproduis ci-dessous un article du JDD de 2010 qui me semble offrir un bon résumé de l'affaire.

Le mercenaire français Jean-Paul Guerrier (alias capitaine Siam), qui serait l'un des deux exécutants de la militante anti-apartheid est en fuite depuis 1999 et n'a toujours pas été retrouvé.


Qui se souvient de Dulcie September ?

Qui a assassiné la représentante de l’ANC à Paris en 1988? L’apartheid régnait encore à Pretoria et l’enquête fut classée sans suite. Malgré une piste qui menait à des mercenaires français proches de Bob Denard.


La récente Coupe du monde de football est venue apporter une piqûre de rappel. Non, l’Afrique du Sud n’a pas toujours été une "nation arc-en-ciel". Ni Nelson Mandela, un père de cette nation au charisme intact malgré ses 92 ans. Au Panthéon des héros de la lutte contre l’apartheid, quelle place accorder à Dulcie September? Et surtout quel aurait pu être le destin de cette femme volontaire, voire intransigeante, représentante de l’ANC en France, si elle n’avait été abattue froidement à Paris trois ans avant la fin de la politique ségrégationniste de la République sud-africaine? "Le 29 mars 1988, à 10 heures, au 28, rue des Petites-Ecuries, à Paris 10e, était découvert le cadavre d’une femme de type mulâtre mortellement blessée de plusieurs coups de feu sur le palier du 4e étage du bâtiment C devant les bureaux de l’ANC [African National Congress], organisation anti-apartheid." Le rapport de police se poursuit avec le CV de la victime: "Carte de résident temporaire au nom de September Dulcie Evon, née le 20.08.1935 à Cap Town, République sud-africaine, domiciliée au 7, avenue de la Convention à Arcueil (94). Célibataire. Représentante de l’ANC pour la France, la Suisse, le Luxembourg."

Trois ans plus tard, le 16 avril 1991, le compte rendu général d’enquête de la Brigade criminelle adressé à la juge Claudine Forkel s’apparente à un constat d’échec: "Il apparaît que l’assassinat de Dulcie September a vraisemblablement été méticuleusement préparé et exécuté à 9h45 hors la présence de témoins. Les seuls indices matériels recueillis sur les lieux sont les étuis de cartouches de calibre 22 de marque Hirtenberger. Une empreinte a été relevée sur l’ascenseur et deux mégots de cigarette Marlboro ont été découverts dans l’escalier. Il n’est toutefois pas permis d’affirmer que cette trace et ces mégots ont un rapport avec le ou les assassins… Cette action s’inscrit, semble-t-il, dans une vaste entreprise d’élimination des responsables de l’ANC au niveau européen et fait suite a des attentats ou projets d’attentat contre les dirigeants de l’ANC à Londres et à Bruxelles." Le 17 juillet 1992, une ordonnance de non-lieu est rendue. Affaire classée.

«C'est grâce à Dulcie September s'il y a eu chez nous une prise de conscience de l'apartheid!»

Apartheid est un mot afrikaans qui signifie "développement séparé". Si les lois racistes se sont mises progressivement en place à partir de 1913 en Afrique du Sud, la séparation matérielle des races deviendra une réalité concrète après la Seconde Guerre mondiale. Fille d’un directeur d’école, Dulcie September est ainsi contrainte, à l’adolescence, de quitter sa maison pour un quartier des Cape Flats, la township métisse du Cap, loin de la ville blanche. Une blessure intime qui signera la première ligne de son engagement politique. Dulcie September entreprend une formation d’institutrice mais jamais elle n’enseignera. Le militantisme, la prison pendant cinq ans, puis les chemins de l’exil la mèneront d’abord à Lussaka en Zambie, puis à Londres et enfin à Paris au milieu des années 1980. Considérée comme une organisation terroriste jusqu’en 1981, l’ANC est autorisée à ouvrir un bureau à Paris par les socialistes. C’est d’ailleurs le PS qui paie le loyer de la représentation, d’abord rue Lafayette puis rue des Petites-Ecuries. Des mouvements de gauche et des associations prennent en charge les factures. Le maire communiste d’Arcueil, Marcel Trigon, s’occupe du logement. Prof d’anglais et militante anti-apartheid de la première heure, Jacqueline Dérens (1) aide Dulcie à trouver ses marques en France. Elle évoque avec émotion cette "très belle femme, une grande métisse avec des yeux étonnants comme remplis de paillettes d’or: quand elle était furibarde, ça flashait!" Son amie française décrit encore "un bourreau de travail, une femme de terrain qui parcourait le pays inlassablement… A cette époque, en France, Mandela était considéré comme un terroriste et l’Afrique du Sud, un pays où finalement les Noirs étaient moins malheureux qu’ailleurs en Afrique. C’est grâce à Dulcie s’il y a eu chez nous une prise de conscience!" Cela a-t-il suffi à motiver son assassinat? Ses tueurs ont-ils bénéficié de complicités en France?

A Paris, l’heure est à la cohabitation. La première de la Ve République. Une campagne électorale permanente entre Mitterrand, à l’Elysée, Chirac, à Matignon et le duo Pasqua-Pandraud, à l’Intérieur. Selon Jacqueline Dérens, la Place Beauvau a refusé à Dulcie September la protection policière qu’elle demandait. La Sud-Africaine avait été agressée dans le métro. Elle se sentait suivie, épiée. A sa demande, elle avait même supplié le maire d’Arcueil de changer de logement, celui qu’on lui avait fourni se trouvait au-dessus d’une école… Il y avait pourtant eu tous ces précédents en Europe qui auraient dû interpeller les premiers flics de France. En juillet 1987, en Grande-Bretagne, deux hommes munis de faux papiers du ministère de la Défense sont arrêtés et trouvés en possession de toutes les adresses personnelles des membres de l’ANC en exil. La Grande-Bretagne est, en mars 1982, le théâtre d’un attentat à l’explosif contre les locaux de l’ANC, puis d’un cambriolage en juillet. En Belgique, une tentative d’assassinat, deux coups de feu à travers une vitre, vise le représentant local de l’ANC en février 1988. Puis, deux jours avant l’assassinat de Paris, une tentative d’attentat a lieu contre le siège de l’ANC à Bruxelles… Le portrait-robot d’un suspect est établi. Il ressemble au visage d’un certain Joseph Klue, "attaché militaire" de l’ambassade sud-africaine à Londres expulsé du Royaume-Uni en 1982.

«Détenait-elle des informations explosives notamment sur le contournement par la France du boycott international de Pretoria?»

Au 36, quai des Orfèvres, les policiers de la Crime ne disposent que d’un témoignage. M. Decrepy se trouvait au 2e étage de l’immeuble de la rue des Petites-Ecuries, quand il entend, à 9 h 47, un "bruit de cavalcade" dans l’escalier. Il s’écarte et laisse passer deux hommes de type européen, 1,70- 1,75 m environ, 35-40 ans, les cheveux courts, un imper clair. L’expertise balistique est décevante, "pas d’éléments d’identification". Les tueurs ont utilisé une "arme à canon lisse", équipée d’un "silencieux de très bonne qualité". L’autopsie pratiquée par le docteur Campana met en évidence cinq projectiles et parle d’"un tir groupé à courte distance du côté droit du visage". Du travail de professionnels. Dans ce genre de dossier, pas question de laisser de côté le moindre renseignement. Tant pis s’ils conduisent à des impasses. Les tuyaux recueillis mènent successivement les enquêteurs dans les milieux réfugiés africains à Paris, sur la piste de braqueurs en Norvège, d’un trafiquant d’armes en Allemagne, d’un "escroc au renseignement" en Suède. Le plus sérieux vient des… services secrets français. Et la source s’appelle Pierre Siramy. L’ancien sousdirecteur de la DGSE le raconte longuement dans un livre (2), qui a fait scandale au printemps dernier. Il tient l’info d’un de ses informateurs, un journaliste, qui dit avoir bu un verre avec deux hommes qui se sont vantés d’être les tueurs de Dulcie September. "L’espion" fait passer le message, via sa hiérarchie, à Robert Pandraud le 2 avril. Le renseignement parvient le 3 mai à la Brigade criminelle, qui note: "Richard R…, ancien officier de l’armée française devenu en 1985 mercenaire au sein de la Garde présidentielle comorienne sous le commandement de Bob Denard, dirigerait actuellement un groupe menant des missions de renseignement sur l’ANC en Europe. Il aurait pu jouer un rôle dans l’assassinat de Dulcie September. Le responsable pour la France serait Victor-Paul T… Selon la même information, une ex-militante d’Occident et de Jeune Europe (3) aurait été agent de liaison du groupe…" Tout ce petit monde est surveillé, écouté, interrogé… Tout colle. "La personnalité de R…, son passé et ses relations dans le milieu des mercenaires, ses fréquents voyages et séjours en Afrique du Sud, et même son implication probable dans un trafic de drogue", écrivent les policiers, font de l’ancien militaire un suspect en puissance. Sauf qu’il est roux et que le seul témoin ne le reconnaît pas. Et que, faute de coopération de la part des Sud-Africains, il est impossible de mettre à mal son alibi…

En 1998, la piste des mercenaires français sera en quelque sorte validée par le rapport de la commission Vérité et Réconciliation, chargée d’enquêter sur les crimes commis pendant l’apartheid. Condamné à perpétuité pour plus de quatre-vingts crimes, Eugène de Koch, chef du redouté Civile Cooperation Bureau (CCB), les escadrons de la mort sud-africains, reconnaît avoir commandité l’assassinat de Dulcie September et affirme que l’un des deux tueurs est un certain Jean-Paul Guerrier, alias Capitaine Siam, un proche de Bob Denard. L’homme a subitement disparu en 1999. Il devait comparaître aux côtés de Denard pour l’assassinat du président comorien dix ans plus tôt. Dulcie September détenait-elle des informations explosives notamment sur le contournement par la France (armes, pétrole, charbon et technologie nucléaire) du boycott international qui frappait alors Pretoria? "Personne n’a de preuves, relativise Jacqueline Dérens. Dulcie n’en parlait jamais à personne, sauf peut-être à ses chefs. Je pense qu’on saura un jour la vérité mais seulement quand les acteurs seront morts et qu’il n’y aura plus personne à protéger, en France et en Afrique du Sud."

(1) Nous avons combattu l’apartheid, Non Lieu, 2006.
(2) Vingt-Cinq Ans dans les services secrets, Flammarion, 2010.
(3) Mouvements d’extrême droite.


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lundi 16 août 2010
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Messagepar Odillon » Ven Déc 13, 2013 12:25 pm

En JdR, et en fiction en général, les gourous de sectes tarés et sanguinaires et les chefs d'organisations criminelles font de bons méchants. Le Mexique actuel offre, malheureusement, des cas réels de types qui cumulent les deux attributs.

Dans les années 80, on a eu à Matamoros, à la frontière du Mexique et du Texas, le cas d'Adolfo Constanzo, aka El Padrino de Matamoros (le Parrain de Matamoros), à la fois trafiquant de drogue, gourou et tueur en série.

Image

Depuis son Ranch dans le désert, il dirigeait un trafic de marijuana et de cocaïne à destination des États-Unis. C'est là qu'entouré par des fidèles, il organisait son culte qui pratiquait des sacrifices humains (dont beaucoup de dealers rivaux). On estime qu'il a tué 25 personnes (des restes humains appartenant à une quinzaine de personnes ont été retrouvés dans le seul ranch). En mars 1989, il a capturé et exécuté un étudiant texan, Mark Kilroy, entraînant une enquête de la police US qui a permis de découvrir le pot aux roses. Constanzo a réussi à fuir avant d’être rattrapé et abattu à Mexico en mai 1989.
Le film d’horreur US Borderland s’inspire de la mort de Mark Kilroy (je ne l’ai pas vu mais ça a l’air d’être un torture porn racoleur) et plusieurs groupes de Metal ont jugé judicieux d’émoustiller leur public en rendant hommage à Constanzo.

Constanzo n’est pas un cas isolé.
Plus récemment, on a eu dans la région de Michoacan, le cartel dit « La Familia Michoacan » de Nazario Moreno González, un catholique qui s’était converti comme Témoin de Jehova aux États-Unis avant de fonder une sorte de culte syncrétique de ces deux précédentes religions (avec des emprunts aux protestants évangélistes et beaucoup de délires personnels) adossé à son cartel.

Image

Le concernant, je vous renvoie à un extrait d’un article du journal gaucho CQFD qui a consacré une série d’articles à la situation dans la région de Michoacan :

C’est dans ce contexte de militarisation que va s’affirmer une nouvelle organisation criminelle, la « famille du Michoacan ». S’appuyant sur une philosophie pseudo-évangélique, les nouveaux capos prêchent leur désir de nettoyer la région du vice et des cartels extérieurs par l’application sanglante de la « justice divine » : crimes, vols ou violences commis par d’autres membres que ceux de l’organisation se retrouvent dès lors punis de manière exemplaire, souvent par décapitation. Couvrant une « participation » sur tous les échanges économiques, légaux ou illégaux, le cartel achète facilement la complicité des polices et politiciens locaux, tout en développant une action « sociale » – construction d’écoles, d’églises et de centres de désintoxication (sic) –, qui lui permet de prendre le contrôle de plusieurs dizaines de municipalités rurales. L’organisation étend peu à peu sa toile sur le Mexique et jusqu’aux principales villes des États-Unis, qui la considèrent aujourd’hui comme l’une des principales organisations criminelles agissant sur son territoire. Dès lors, arrestations et opérations militaires se succèdent, aboutissant en décembre 2010 à l’assassinat par les militaires de son principal dirigeant, Nazario Moreno Gonzalez, surnommé « el más loco » [« le plus taré »]. Mais, désormais reconstituée sous le nom de cartel des « chevaliers templiers » [« los caballeros templarios »], sa bande en a depuis fait un martyr, célébré au Michoacan sous le nom de Santo Nemesio.


Les « Chevaliers templiers » restent puissants à Michoacan et ils se sont associés à d’autres cartels (celui de Sinaloa et le Cartel du Golfe) pour constituer une sorte d’armée, « La Resistencia » afin de lutter contre le cartel des Zetas (d’anciens militaires formés à la contre-insurrection dans la répression du mouvement zapatiste et qui sont devenus le bras armé du cartel du Golfe avant de devenir un gang autonome, sans doute le plus puissant et le mieux structuré du Mexique).
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Messagepar Odillon » Dim Déc 15, 2013 4:48 pm

Je voudrais mettre des articles en parallèle parce qu'ils relatent des informations complètement distinctes (encore qu'ils sont tous dans le domaine de la barbouzerie) qui, dans le cadre d'un scénar peuvent être assez facilement reliés (et malheureusement, dans la vie réelle aussi).

Tout d'abord, un article de Foreign Policy revenant sur cinq gros plantages de la CIA, des attentats, manip ou autres qui ont lamentablement échoués ou sont arrivés à l'effet inverse que celui recherché (ce qui pourrait presque faire sourire si, presque à chaque fois, cela n'impliquait pas des morts et/ou des vies brisées) : http://www.foreignpolicy.com/articles/2 ... uG828.dpbs

Confronté à un échec aussi flagrant, un service a besoin de redorer son blason par un succès spectaculaire et si on ne dispose pas de succès à exhiber fièrement à brève échéance, il faut le construire. C'est là qu'intervient "l'entrapment", un terme anglais très précis qui n'a pas d'équivalent exact en français. Il s'agit de l'ensemble des techniques consistant à pousser un individu considéré par la police comme potentiellement dangereux à commettre un délit pour l'arrêter avant qu'il ne le commette. Cette pratique est interdite dans la plupart des démocraties du monde mais est courante aux États-Unis, notamment dans les affaires de terrorisme. Les avocats des personnes arrêtées ainsi font souvent valoir que leurs clients sont des personnes influençables, souvent naïves, et qu'ils ne seraient jamais passés à l'acte s'ils n'avaient pas été sélectionnés, stimulés et équipés par la police qui les a arrêtés. Ces arguments sont rarement pris en compte par les juges et les condamnations sont lourdes.
Quelques exemples :

1) Le FBI manipule un jeune américain d’origine somalienne, l’accompagne pendant des mois dans une longue dérive vers le terrorisme, puis finalement installe pour lui une fausse bombe dans un véhicule. Et enfin l’arrête. Pour le New York Times, ça permet de faire un long article complaisant sur ce nouvel exemple du danger des états-uniens musulmans naturalisés : http://www.nytimes.com/2010/11/28/us/28 ... .html?_r=0
L'article est intéressant sur ce qu'il présente de l'affaire entre les lignes (une équipe d’agents du FBI manipule pendant plusieurs mois un jeune de 19 ans, lui donne de l’argent et de l’importance, organise avec lui les détails d’une organisation terroriste, installe une bombe en plastique dans un véhicule, lui fait passer un coup de fil via un téléphone portable qui-aurait-pu-être-un-operating-device) et sur le traitement dramatisé de l'info (la fausse bombe installée par le FBI menaçait la vie de plusieurs milliers de bons américains : "An estimated 10,000 people were at the ceremony on Friday night, the Portland police said".) et la conclusion que le journal tire de cette histoire : "His case resembles several others in which American residents, inspired by militant Web sites, have tried to carry out attacks in the name of the militant Islamic movement"

2) Un type qui voulait soi-disant attaquer le Capitole à Washington : http://www.aljazeera.com/news/americas/ ... 83635.html

3) Des anarchistes de Chicago qui se sont fait piéger : http://www.nytimes.com/2012/05/20/us/3- ... tests.html

4) Un type qui voulait attaquer le Pentagone avec des avions télécommandés, ce qui lui avait été "suggéré" : http://www.theguardian.com/world/2011/s ... an-ferdaus

5) un gamin de 18 ans piégé à Chicago : http://www.aljazeera.com/news/americas/ ... 14661.html

6) Un faux site de recrutement de jihadistes américains pour aller combattre en Syrie. Mais comme cela signifie rejoindre le Front al-Nusra, affilié à Al Qaeda, c’est interdit. Et hop, le FBI peut à nouveau exhiber sa superbe prise d’un véritable faux terroriste islamiste fabriqué sur mesure par ses propres services : http://bigstory.ap.org/article/fbi-ill- ... extremists

Etc.

En termes scénaristiques, je trouve que ça ouvre des perspectives intéressantes, dans le style espionnage/barbouzeries/ambiance conspi.
Les PJ peuvent voir un de leur proche (typiquement, un jeune avec un bon fond mais qui n'a pas inventé l'eau chaude) évoluer bizarrement, se rendre compte qu'il rejoint une organisation terroriste avant de comprendre qu'il s'agit d'une opération d'une agence officielle (et pourquoi pas les inculper pour "complicité").

Ou, encore mieux selon moi :
Les PJ appartiennent à une agence de renseignement et leur dernière mission est un fiasco. Pour redorer le blason de leur agence, on les place sur un entrapment où ils devront aider une cellule potentielle de terroristes sur le territoire. On leur donne une fausse bombe qu'ils doivent donner aux apprentis terroristes et ils doivent orienter ces derniers vers une cible officielle afin de procéder à une arrestation en flagrant délit. Et là, mauvaise surprise : la fausse bombe est une vraie bombe qui explose vraiment, tous les éléments de contacts qu'ils ont donné à leurs supérieurs sont utilisés pour les présenter comme les initiateurs de l'attentat (des agents traumatisés par l'échec de leur dernière mission ou ayant saboté leur précédente mission et qui avaient des contacts avec des organisations terroristes ennemis), leur tête est mise à prix, leur section démantelée et le traumatisme de l'attentat permet l'émergence de politiciens hardcore dans une ambiance de changement de régime.

Aux PJ de prouver qu'ils ont été eux-aussi piégés alors qu'ils sont traqués.
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Messagepar Odillon » Dim Déc 22, 2013 6:45 pm

Je suis tombé sur des articles qui m'ont donné des envies de scénar de type "casse du siècle"

Au niveau douanier, les biens ne sont taxés que dans le pays de leur destination finale, pas dans les pays où ils ne font que transiter. mais cela dépend ce que l'on définit comme "transiter".
Ainsi, certains ultra-riches utilisent les règles d'aéroports accommodants (Luxembourg, Genève, Singapour, etc.) pour entreposer des biens officiellement "en transit" pour ne pas s'acquitter des taxes sur leurs possessions. Ils s'y construisent des bâtiments chics et sécurisés où ils accumulent leurs biens, créant ainsi des sortes de musées privés détaxés :
http://www.economist.com/news/briefing/ ... s-they-are

Ce système est utilisé par la Deutsch Bank pour entreposer à Singapour des quantités phénoménales d'or dans un entrepôt pouvant abriter jusqu'à 200 tonnes du précieux métal : http://sbr.com.sg/financial-services/ne ... e-freeport

Le super hangar de Singapour a été filmé dans une vidéo de promotion et on voit que l'esthétique ressemble énormément aux prisons high-tech des films d'anticipation : http://vimeo.com/35176453

On a là un décor parfait.
Et en plus, je n'ai strictement rien à vous vendre.
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Messagepar Odillon » Lun Déc 23, 2013 1:46 pm

En septembre dernier, Le Monde a publié un intéressant article sur la lutte entre milliardaires désireux de contrôler le site de Simandou en Guinée, la plus grande réserve de fer du monde : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2 ... _3212.html

D'un côté, le Franco-Israélien Beny Steinmetz, milliardaire et première fortune d'Israël engageant d'anciens agents du Shin Bet, le contre-espionnage israélien.
De l'autre, George Soros, milliardaire et 30ème fortune mondiale, à la fois spéculateur redouté et financeur de nombreuses fondations "progressistes" ou "pro-démocratiques", associé à l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair et engageant d'anciens agents de la CIA.
Au milieu, la Guinée et de nombreuses institutions comme échiquier et des milliards de dollars à la clé.

Ca semble très facile à utiliser comme inspi en JdR.


Guinée : les milliards de Simandou

LE MONDE | 24.09.2013 à 12h07 • Mis à jour le 25.09.2013 à 16h51 |
Par Benoît Hopquin



Le 14 avril, dans le hall de l'aéroport de Jacksonville (Floride), Frédéric Cilins cherche la porte d'embarquement de son vol vers Miami quand la police l'interpelle. Le Français a 50 ans, le visage hâlé par le soleil de la Côte d'Azur où il réside et de l'Afrique où le mènent ses affaires. Il sort d'un rendez-vous dans le bar du terminal avec une citoyenne de la République de Guinée, Mamadie Touré,30 ans. La discussion a tourné autour de documents que l'homme souhaitait récupérer et brûler "de manière urgente". Il a proposé un million de dollars pour cela.

Frédéric Cilins ignorait un détail : Mamadie Touré portait un micro. L'entretien était enregistré par l'agent Peter Kilpatrick, du FBI, spécialisé dans la corruption. La Guinéenne avait négocié un statut de "témoin coopératif", en échange d'une promesse d'immunité. Depuis un mois, les rencontres et échanges téléphoniques entre elle et Cilins étaient espionnés.

Le FBI a soufflé les questions à Mamadie Touré. La "cible" devait nommer ses commanditaires. Selon la déposition de Kilpatrick devant un juge new-yorkais, Cilins a désigné à de multiples reprises une société que le FBI consignera dans ses rapports comme "l' entité".

Ce 14 avril, la police estime en savoir assez. Lors de l'arrestation, elle trouve sur Frédéric Cilins 20 000 dollars serrés dans des enveloppes de la Wells Fargo. Le lendemain, le Français est accusé par un juge de New York d'obstruction à la justice américaine, de tentative de destruction de preuves et de pression sur un témoin dans une affaire criminelle. Il est incarcéré en Floride, puis transféré dans une prison de New York. Il y est toujours.

Cet épisode de polar américain n'est qu'un des rebondissements d'une vaste affaire de présumée corruption qui illustre les zones grises autour de l'exploitation des richesses de l'Afrique. Le dossier a des ramifications sur plusieurs continents et dans plusieurs paradis fiscaux. Il met en scène les géants du secteur minier, Mais aussi le milliardaire George Soros et d'autres grandes fortunes mondiales, ainsi que des personnalités politiques comme Tony Blair.

L'enjeu ? Simandou, une montagne isolée au milieu de la forêt équatoriale, dans les confins de la Guinée. Son sous-sol renferme du minerai de fer, la plus importante réserve inexploitée au monde. Sa valeur : plusieurs dizaines, voire centaines de milliards de dollars. Le sous-sol de la Guinée regorge de matières premières : bauxite, diamant, or, uranium, fer, etc. Les principaux groupes miniers de la planète s'y disputent les concessions. Mais les 11 millions d'habitants ne profitent guère de ces trésors.

De parenthèses démocratiques en interminables dictatures militaires, le pays figure parmi les plus pauvres et corrompus au monde. Transparency International classe la Guinée 162e sur 180 en matière de probité. Dans les rues de Conakry, à côté des gros 4 × 4 qui défilent, la population compte les rares heures où l'électricité fonctionne.

A la fin des années 1990, la Guinée est dirigée par le général Lansana Conté (1984-2008) quand les droits de Simandou sont concédés au géant minier Rio Tinto. Mais le président retire à la multinationale anglo-australienne la moitié des droits du site qui est, en 2008, cédée à la société Beny Steinmetz Group Resources (BSGR). Le dictateur est alors hospitalisé à Genève, où il succombe le 22 décembre. C'est un joli coup pour Beny Steinmetz, première fortune d'Israël, alors âgé de 52 ans. Ce Franco-Israélien discret, résidant à Genève, parlant parfaitement le français, allure sportive et yeux bleus perçants, possède des entreprises enregistrées à Guernesey et basées à Londres ou en Suisse. Il a une longue pratique des affaires en Afrique, mais plutôt dans le diamant. Cette entrée magistrale dans le secteur hautement stratégique du fer intrigue et agace.

DES SOCIÉTÉS-ÉCRANS BASÉES DANS DES PARADIS FISCAUX, C'EST LA ROUTINE

Le contrat de Simandou est le résultat d'un intense lobbying. Le groupe de Beny Steinmetz a installé une filiale en Guinée dès 2005, BSGR Guinea. La même année a été créée aux îles Vierges britanniques une société baptisée Pentler Holdings. Les 50 000 parts de cette coquille vide sont la propriété d'Onyx, une société de management basée en Suisse qui a pour principal client Beny Steinmetz Group. Plusieurs responsables d'Onyx et BSGR apparaissent d'ailleurs dans l'organigramme des deux sociétés. Un tel montage avec des sociétés-écrans basées dans des paradis fiscaux, c'est la routine….

BSGR s'attache au même moment les services de Frédéric Cilins, un chef d'entreprise baroudeur qui a ses entrées dans le pays. Avec deux associés, Michael Noy et Avraham Lev Ran, le Français est nommé à la tête de Pentler Holdings, qui se voit céder 17,65 % de BSGR Guinea. Si cette société venait à obtenir des concessions minières, cette participation prendrait une grande valeur. Une forme d'intéressement au résultat, habituelle pour rémunérer des intermédiaires.

Les tractations avec le pouvoir guinéen se déroulent au mieux. Frédéric Cilins ouvre les portes, puis Beny Steinmetz envoie sur place son homme de confiance, Asher Avidan. Cet ancien du Shin Beth, le contre-espionnage israélien, s'est occupé de la sécurité des ambassades d'Israël. Sa faconde fait merveille. A partir de 2006, le groupe investit 160 millions de dollars sur place : forage, mais aussi écoles, dispensaires, centres culturels, et même un commissariat – signe de bonne volonté. Mais la rumeur se répand sur la manière dont BSGR s'est imposée et sur des "petits cadeaux" offerts aux uns et aux autres.

En mars 2008, s'estimant suffisamment en cour, BSGR met officiellement fin à sa collaboration avec Frédéric Cilins et rachète les 17,65 % de Pentler Holdings à un prix resté confidentiel. Quelques mois plus tard, le groupe obtient donc les droits d'exploitation de la moitié de Simandou.

Au lendemain de la mort de Lansana Conté, un coup d'Etat porte au pouvoir Moussa Dadis Camara. S'ouvre une période orageuse en Guinée, au cours de laquelle des opposants sont éliminés. Mais BSGR reste bien introduit, au point que Beny Steinmetz invite le dictateur au mariage de sa fille en Israël. Camara se fait représenter par son ministre des mines.

Fin 2009, Camara est écarté du pouvoir. Le nouveau gouvernement intérimaire confirme les permis de BSGR sur Simandou et accorde même des droits d'exploitation sur un autre site, Zogota. En contrepartie, la société promet de construire une voie ferrée de 700 kilomètres à travers le pays, un investissement estimé à un milliard de dollars. En avril 2010, BSGR revend 51 % de sa filiale guinéenne à Vale, un poids lourd du secteur minier. Ce groupe brésilien accepte de payer 2,5 milliards de dollars pour devenir majoritaire, et signe un premier chèque de 500 millions. Formidable plus-value pour Beny Steinmetz…

"BSGR a acquis les droits de Simandou sans verser de pas-de-porte, puis a revendu la moitié de ses droits pour 2,5 milliards de dollars, résume Daniel Balint-Kurti, de l'association Global Witness, qui traque la corruption dans le monde. L'Etat et le peuple guinéen ont été lésés." Le militant y voit un symbole des dérives en Afrique : "Il faut en finir avec cette opacité et les paradis fiscaux, qui permettent de s'accaparer les richesses d'un pays."

En novembre 2010, une élection présidentielle porte au pouvoir Alpha Condé, un opposant historique, emprisonné pendant deux ans au début des années 2000. Professeur à la Sorbonne pendant son exil (1970-1991), il est présenté à George Soros. Le milliardaire américain, 30e fortune mondiale selon Forbes, est à la tête de plusieurs fondations aux moyens colossaux, comme l'Open Society. Alpha Condé est également introduit auprès de Tony Blair, qui a lancé Africa Governance Initiative, dont le but est d'aider à la démocratisation du continent.

Par l'intermédiaire de leurs fondations, George Soros et Tony Blair apportent un soutien logistique et financier au nouveau gouvernement guinéen. Un comité technique est créé afin de revoir tous les accords miniers. L'Etat triple le montant des royalties, exige d'obtenir une participation gratuite de 15 % dans les mines privées. Ces parts seront regroupées dans une entreprise publique, la Société guinéenne de patrimoine minier (Soguipami). A priori, rien là que la volonté d'un pays de remettre la main sur ses intérêts.

Certains acceptent. Rio Tinto paye ainsi 700 millions de dollars supplémentaires pour conforter ses droits sur l'autre moitié de Simandou. Mais BSGR, elle, renâcle. Conakry lance alors une enquête sur la façon dont ce groupe a obtenu la moitié de Simandou. Avec l'aide de Soros, il s'attache les services de DLA Piper, un énorme cabinet d'avocats américain – 4 200 juristes implantés dans trente pays. Au moins trois entreprises spécialisées dans l'investigation sont embauchées, dont Veracity Worldwide, société de détectives privés spécialisée dans les affaires économiques.

Les limiers découvrent des cadeaux faits à des dirigeants du pays : une montre en or incrustée de diamants offerte à Lansana Conté ou une réplique de formule 1 au 1/24 incrustée d'un diamant, d'une valeur de plusieurs milliers de dollars, donnée au ministre des mines. BSGR niera le premier don et contestera la valeur marchande du second.

Steven Fox, un enquêteur de Veracity et ancien de la CIA, remonte jusqu'à Frédéric Cilins et Mamadie Touré. Cette dernière se présente comme la quatrième épouse de feu Lansana Conté de cinquante ans son aîné. Après la mort de son époux, elle a fui aux Etats-Unis. Elle s'est installée en Floride et y a investi dans l'immobilier. Mais l'origine de ses fonds est opaque. La jeune veuve possède des documents qui semblent compromettre BSGR. Ces papiers, que Le Monde a pu consulter, courent de 2006 à 2010. Les "lettres d'engagement" ou "contrats de commission" portent la signature de Mamadie Touré, "femme d'affaires" à la tête d'une société baptisée Matinda. Certains sont contresignés par Asher Avidan pour BSGR. La plupart lient Matinda à Pentler Holdings.

Tous les documents promettent à Mamadie Touré soit de l'argent, soit des participations, en cas d'obtention de la concession de Simandou. Ainsi, par un contrat daté du 27 février 2008, "la société BSG Resources s'engage à donner 4 millions de dollars à titre de commission pour l'obtention des blocs 1 et 2 de Simandou. La société Matinda s'engage pour sa part à faire toutes les démarches nécessaires pour obtenir des autorités la signature pour l'obtention desdits blocs en faveur de la société BSGR Guinea". Sur cette somme, 2 millions seront versés à Matinda et 2 millions "répartis entre les personnes de bonne volonté qui auraient contribué à la facilitation de l'octroi desdits blocs".

Ces contrats sont très légalement tamponnés par le greffier du tribunal de Conakry. D'autres, datant de 2010, après que Mamadie Touré eut fui son pays, sont signés cette fois à Freetown, en Sierra Leone voisine. Ils ressemblent à un achat de silence : Pentler Holdings accepte de verser 5 millions supplémentaires puis 3,1 millions de dollars contre "la confidentialité absolue". Ces "pièces à conviction" atterrissent opportunément entre les mains de la justice américaine. En vertu d'une loi qui l'autorise à s'intéresser aux affaires de corruption internationale qui ont des ramifications sur le sol américain, le procureur de New York est saisi en janvier 2013. Mamadie Touré est entendue en février. Elle accepte de coopérer et de piéger Frédéric Cilins…

En prison depuis cinq mois, le Français plaide non coupable. Ses avocats américains n'ont pas souhaité "commenter en l'état". Mais, lors des auditions, ils affirment que les documents sont des faux. Ils assurent également que les rendez-vous entre Frédéric Cilins et Mamadie Touré n'avaient pour but que d'en finir avec les tentatives de chantage de la Guinéenne à l'encontre de la fameuse "entité" décrite par le FBI, en clair BSGR. "Elle ment", ne cessent-ils de répéter à l'audience.

ENTRE LA CORRUPTION OU LA MACHINATION

BSGR a la même ligne de défense. Asher Avidan assure que sa signature a été imitée et que les documents sont "des faux grossiers". "Ça prend deux minutes à faire", assure l'ancien du Shin Beth. Une expertise des documents est en cours, et le procès de Cilins aux Etats-Unis est attendu avant la fin de l'année. Il devra trancher entre la corruption ou la machination.

L'interpellation du Français en Floride a été suivie de l'arrestation de deux hommes sur le sol guinéen. Issaga Bangoura est le responsable de la sécurité de BSGR Guinea. Ibrahima Sory Touré en est le vice-président. BSGR l'aurait choisi "pour ses compétences professionnelles et sa connaissance du pays". Il est aussi le demi-frère de Mamadie Touré.

Les deux hommes sont inculpés de corruption passive par la justice guinéenne. Ils auraient reçu 100 000 dollars de BSGR. Un bonus remis en toute légalité, assure la société. Ils sont emprisonnés à Conakry. Rachel Lindon, une avocate française qui les défend, dénonce l'arbitraire de la procédure. Les deux hommes n'auraient été interrogés que sommairement. "Aucun droit n'est respecté", dit-elle.

Rachel Lindon a été surprise de croiser à Conakry des agents du FBI en costume sombre et 4 × 4, "comme dans les séries télévisées", venus interroger ses clients. Elle soupçonne des pressions pour que les salariés témoignent contre leur employeur. "Mes deux clients sont illégalement détenus dans le seul but de récupérer les droits de BSGR", estime-t-elle. Un autre avocat de la défense, guinéen cette fois, assure que Mamadie Touré est revenue dans son pays, logeant dans un luxueux complexe de Conakry. Le fait qu'elle n'ait pas été inquiétée par la justice locale prouverait qu'elle est utilisée par le gouvernement contre BSGR.

Autour des milliards de Simandou s'est donc engagée une partie où tous les coups sont permis. "Notre système informatique a été hacké par une société privée", assure Asher Avidan. Pas de conversations qui ne soient enregistrées et remises à la presse ou mises sur Internet. Des vidéos piratées circulent, allant dans le sens de l'un ou l'autre camp. Sur l'une, on voit Mamadie Touré lors d'une réception organisée par BSGR à Conakry en 2006 : elle entre en grand apparat, entourée de soldats de sa garde, et de tous les protagonistes du dossier.

BSGR conteste-t-il la qualité d'épouse de Mamadie Touré ? Voilà une photocopie de son passeport diplomatique de 2007, où il est écrit "épouse PRG", pour président de la République de Guinée. Une autre vidéo la montre dans la tribune lors d'une cérémonie en 2008, présentée par le speaker comme l'épouse du président, "notre soeur, notre maman".

Pour répliquer, BSGR a appointé une société de relations publiques, FTI, dirigée par Lord Mark Malloch-Brown. Il a été vice-secrétaire général de l'ONU et ministre des affaires étrangères du gouvernement de Gordon Brown. Mais il a aussi travaillé pour un fonds d'investissement… de George Soros. Au printemps, BSGR a découvert que le lord fournissait à son rival des éléments confidentiels. La société a obtenu de la justice britannique la résiliation du contrat et un dédommagement substantiel.

Beny Steinmetz a quelque raison de voir dans ses malheurs l'influence du milliardaire américain. "Soros finance une campagne de calomnies à notre encontre", affirme de son côté Asher Avidan. Revenue Watch, qui conseille le gouvernement guinéen, est financée par Soros. BSGR accuse Global Witness, qui diffuse les éléments à charge du dossier, de dépendre des subsides d'une fondation proche de Soros. "Cela relève de la théorie conspirationniste", assure Daniel Balint-Kurti.

BSGR continue de "contester la légalité du processus de revue des titres miniers" mais est sous pression. Son partenaire Vale a suspendu le paiement des 2 milliards restants tant que l'affaire ne sera pas éclaircie. Fin août, la police suisse a effectué des perquisitions au siège d'Onyx et au domicile genevois de Beny Steinmetz, sur commission rogatoire de la Guinée.

Selon BSGR, derrière les arguments moraux, se joue une simple bataille économique. Prouver la corruption permettrait de casser les contrats, de récupérer les droits de Simandou et de les revendre à des sociétés plus proches du nouveau pouvoir. "Blair est contre nous, Soros est contre nous, pour des motivations qui ne sont pas aussi nobles qu'ils le prétendent. Cette affaire est mille fois plus grande que nous", assure Asher Avidan.
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Messagepar Odillon » Sam Jan 04, 2014 12:14 pm

L'ex-chef des services de renseignement rwandais qui était tombé en disgrâce et avait rejoint l'opposition et l'exil en Afrique du Sud a été retrouvé assassiné, probablement étranglé, à Johannesburg. Il avait récemment accusé le président rwandais Paul Kagamé d'être derrière l'attentat qui a tué l'ancien président Juvénal Habyarimana, évènement qu'avait utilisé les partisans du Hutu Power pour entamer le génocide Tutsi au Rwanda.

L'ex-chef des renseignements rwandais, accusateur de Paul Kagame, assassiné

L'ancien chef des services de renseignement extérieur du Rwanda Patrick Karegeya, un opposant au président rwandais Paul Kagame, a été retrouvé mort dans un hôtel de Johannesburg, a indiqué jeudi la police sud-africaine, qui a ouvert une enquête pour meurtre.


Le corps de Patrick Karegeya, 53 ans, qui vivait en exil en Afrique du Sud depuis plusieurs années, a été retrouvé mercredi à 17H30.

"Il a été trouvé dans sa chambre d'hôtel, mort sur le lit. Les premiers éléments de l'enquête ont montré que son cou était enflé. Une serviette tachée de sang et une corde ont été trouvées dans le coffre de la chambre. Il est possible qu'il ait été étranglé", a précisé la police sud-africaine dans un communiqué.

"Une enquête pour meurtre a été ouverte", a-t-elle ajouté. Le gouvernement sud-africain s'est refusé à tout commentaire.

"L'opposition du Rwanda est très triste d'annoncer l'assassinat du colonel Patrick Karegeya à Johannesburg", avait indiqué dans la nuit son parti, le Congrès national du Rwanda (RNC), dans un communiqué reçu à Nairobi.

"Étranglé"

"Il a été étranglé par les agents du (président rwandais Paul) Kagame", a accusé Frank Ntwali, le président du RNC, précisant que M. Karegeya devait assister à un meeting de son parti dans cet hôtel Michelangelo Towers de Sandton, quartier des affaires de Johannesburg, où il a été retrouvé mort.

Ancien chef des services de renseignement extérieur du Rwanda et longtemps proche de Paul Kagame, Patrick Karegeya est peu à peu entré en opposition au président rwandais. Il a été rétrogradé au rang de porte-parole de l'armée puis a été arrêté et emprisonné, et privé de son grade de colonel en 2006, avant de fuir le Rwanda pour l'Afrique du Sud l'année suivante.

Des accusations graves contre le président rwandais Paul Kagame

Il avait porté des accusations très graves à l'encontre du régime rwandais et du président Paul Kagame en particulier, qu'il désigne comme le commanditaire de l'attentat contre l'avion de l'ancien président Habyarimana. Un attentat considéré comme l'événement déclencheur du génocide des Tutsis en 1994.

Un autre dissident rwandais appartenant au RNC et en exil en Afrique du Sud, Faustin Kayumba Nyamwasa, a subi deux tentatives d'assassinat en juin 2010.

Selon le RNC, les enquêteurs ont trouvé "des preuves accablantes de l'implication d'agents de renseignement rwandais dans ces tentatives" de meurtre. Le Rwanda a vigoureusement nié toute implication dans ces affaires.

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Messagepar Odillon » Mar Jan 14, 2014 10:14 am

Sur Casus, Merlock a mis ce lien : Dans les années 1960, l’armée américaine aurait testé une arme “biologique” à Okinawa, ça peut faire une bonne inspi pour un scénar espionnage ou une bonne base pour la fondation d'un monde post-apocalyptique où l'enjeu est la nourriture si l'arme marche trop bien.
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