Personnage de jdr et suicide

Il y a des gens en ville qui aiment les jeux de rôles. Venez les retrouver pour en discuter.

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Messagepar Seagull » Mar Juin 19, 2012 6:45 pm

Un de mes meilleurs souvenirs de joueurs, une partie d'Exil avec Nhaigraoo aux manettes. Je jouais un prétiré, un officier militaire plutôt réac' qui s'est retrouvé tiraillé entre le Bien et son sens du devoir et de la loyauté. Pendant tout le scénar il a donné l'image d'un traître, tout le monde pensait qu'il finirait par balancer ses camarades PJ et la jeune femme recherchée qu'ils tentaient d'aider. Mais à la dernière minute, il permet à la fugitive de s'enfuir saine et sauve, et pour couvrir sa trace ainsi que ses "complices", il se tire une balle en pleine tête avec son pistolet d’ordonnance.

Ce n'était pas prévu comme ça évidemment, mais sur le coup ça m'a semblé évident, ça correspondait au perso de tellement de façons : le sacrifice ultime, le type qui ne veut pas courir le risque de craquer sous la torture (il connaît les méthodes de l'armée de l'intérieur), et surtout la seule issue pour quelqu'un qui vient de renier tout ce sur quoi il a basé sa vie, l'armée l'ayant trahi (par sa perversion) tout autant que lui l'a trahi.


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Messagepar killmort » Mer Juin 20, 2012 8:33 am

Salutation,

J’ai fait jouer pas mal de one-shot cthulhu avec fin du monde, morts obligatoire des perso à la fin, c’était principalement pour le fun et l’histoire que pour le plaisir de tuer mes perso. :-)

Un jour, lors d’une de ces parties, mes joueurs (un couple et leur fille) sont en train de fuir face à une horde de créatures. Ils sont dans une maison et pensent que la solution se trouve dans la cave (le scénario y faisait penser). Les voilà dévalant les escaliers et s’engouffrant dans un dédale obscur. Arrivant dans une pièce ou d’étranges sacrifices ont été fait, ils comprennent qu’ils sont perdu, du couloir on entend la horde se rapprocher. Le père regarde la mère et ils se comprennent pas de solution pour survivre. L’homme décide donc de suicider sa famille, il se rapproche de sa fille, caresse doucement ses cheveux lui dit son amour et lui colle une balle. La mère en pleure s’agenouille et le père fait de même en lui disant qu’il l’aime aussi... La horde est à la porte et tambourine furieusement. Le père est seul dans la pièce avec sa fille et sa femme qu’il vient de tuer. Il retourne l’arme contre lui et il presse la détente… rien… recommence et rien… la horde détruit la porte, voit le spectacle et s’en va… le père tombe à genoux en larme … la horde préférant le laisser dans son immense tristesse…

Nous avons un excellent souvenir de cette partie avec une émotion palpable. Je pense que comme le sacrifice héroïque, une mise à mort de son perso (suicide) peut amener un plus scénaristique. Notre table pense souvent qu’il est préférable d’être cohérent et théâtrale plutôt qu’absolutiste dans la vie des perso. Il est vrai que la même scène narrée précédemment avec le père la mère et la fille tirant à tout vas sur la horde et se faisant, au bout du compte, déchiqueter est moins romanesque que la première version.

Donc je pense que ce n’est pas un échec quand c’est joué. Maintenant la mort de son perso car on a pas les bonne caractéristique je trouve cela dommage car il est souvent (pas tout le temps) possible d’interpréter le perso et d’en faire quelque chose de bien.
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Messagepar Julien H » Mer Juin 20, 2012 9:00 am

J'avoue que j'ai envisagé le truc à la fin d'un one-shot Kult très inspiré par la Grande Menace.
Je savais avant de commencer le scénario que le joueur précédent avait démissionné (le perso est celui d'un flic) et qu'il touchait le fond. Encore un peu "vert" rôlistiquement parlant, cela me semblait un peu inconcevable de finir un scénario de manière aussi amère.

Et en fait, si, carrément. Pas de suicide pour le perso mais vraiment pas loin quand on le quitte. D'ailleurs ça pourrait arriver ensuite, "après générique", on va dire, que ça serait tout à fait crédible.
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Messagepar Shunpo » Mer Juin 20, 2012 9:26 am

Je suis en général "d'accord" avec l'idée d'amener son personnage à se suicider si jamais cela relève d'une position active. Y a donc 3 grands cas que l'on a tous à peu près connus qui ont déjà été cités:

- La conclusion dramatique lors d'un one-shot (suicide à la Javert ou à la Vatel)

- Le suicide sacrificiel héroïque (suicide à la 300 ou à la Misfits)

- La partie/le perso me fait chier donc j'arrête (le suicide-rebellion si on veut)


En campagne, il n'y a guère que les deux derniers types de suicide que j'arrive vraiment à "apprécier". Dans le cas dont parle Coraline, il s'agit d'un suicide poussé par le désespoir pur (mais qui de mon point de vue semble tutoyer un peu la notion de suicide-rebellion).

Là, donc, ce genre d'action me gêne plus parce qu'elle relève, amha, plus de la passivité que d'une action faisant vraiment avancer l'histoire. "Une lâche démission" comme disait Beigbeder. Je m'explique.

Dans le cadre d'une campagne, le suicide doit relever d'un processus, chose que l'on ne peut pas traiter en one-shot. En gros, on doit voir le truc venir et pas tomber des nues quand ça arrive (pas le MJ à tout le moins). Pourquoi ? Parce qu'il me semble que ce n'est pas un sujet anodin, au même titre que le racisme ou la xénophobie que l'on peut traiter avec légèreté, du moins dans un Cthulhu.

En ce sens, l'anecdote de Brand illustre complètement cette idée : le processus mature, en fleurtant avec le danger, (on rate sa TS, etc.) et là ça devient un ressort scénaristique intéressant qui amène un moteur dramatique supplémentaire dans la campagne. Le processus du suicide est donc bien plus puissant que son aboutissement en lui-même qui est définitif et, tout de même, plutôt "facile" à jouer.

Enfin, je voudrais aussi attirer l'attention sur le fait que l'univers de Cthulhu est complètement prévu pour accueillir ce processus en le faisant marcher main dans la main avec la descente dans les affres de l'insanité mentale. La folie, très personnellement en tant que joueur, je ne la vois pas comme un constat d'échec mais comme une porte de sortie, une échappatoire au genre de situations auxquelles le personnage de Coraline a été confronté. La dialectique du perso devient alors : jusqu'à où va-t-elle devoir s'enfoncer dans la folie et pourra-t-elle un jour y remonter ?

Mes deux roubles.
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Messagepar Coraline » Mer Juin 20, 2012 12:31 pm

Alors oui, le suicide de mon perso était celui d'un constat d'échec, par contre il n'y avait rien de suicide-rebellion ^^'

J'aurais préféré que le débat reste large, mais puisque tu prends l'histoire de mon perso à partie, je me défends (et puis au moins tout le monde saura de quoi il est question) :

Je joue une jeune flic enthomologiste et botaniste, élaborant une thèse sur la première matière. Même si c'est un pré-tiré, je lui ajoute un BG : un père prof en fac, avec qui elle faisait des excursions. Il meurt lors d'un braquage... Depuis, elle décide de lier ses deux passions : la justice et la nature (on fait ce qu'on peut pour justifier un pré-tiré ^^).

Dès le premier scénario, elle a des visions, des cauchemars où elle voit non seulement un monstre qui veut la manipuler malgré elle mais son père dans des visions affreuses. Elle va voir un psy, applique ses conseils : fais du sport, se lie avec les autres, etc. pour conjurer le stress de la première affaire. Jusque là, tout va bien, même si le psy prouve surtout son inefficacité (mais bon, elle arrive quand même à surmonter le fait qu'elle se croit folle et la parano qui a quivi l'intrusion du tueur chez elle durant son sommeil).

Second scénar, les visions continuent. En outre, elle ne se réveille jamais à l'endroit où elle se couche. Elle demande à l'organisme super-sécurisée dans laquelle elle a été embauchée de l'interdire de sortir. En vain. Pire, c'est qu'elle s'aperçoit qu'elle n'est pas folle puisqu'un des autres personnages fait les mêmes rêves, avec le même monstre tenant le même discours. Etre folle, c'était gérable. Là, elle commence à se dire que c'est mal barré. A la fin, elle comprend qu'elle a tué quelqu'un pendant son "sommeil". Déjà, à partir de cet acte, le poids de la culpabilité et la terreur de recommencer la hantent en permanence.

Troisième scénario : elle veut se livrer à la police mais ne le peut à cause de son employeur. Elle se rend délibérement dans une cellule spéciale de ce dernier, entourée de fous hurlants. Pannes de courant. Découverte que LA némésis, la fille folle furieuse du premier tueur qui veut tuer le groupe et elle en particulier (le MJ a oublié pourquoi d'ailleurs, elle en voulait autant à mon perso spécifiquement ^^') est dans une des cellules... Elle essaie cependant de suivre l'enquête de ses amis tant bien que mal via les communciations à distance. Première nuit en cellule, cauchemar, mais au moins elle reste dans sa cellule. Elle a donc le choix : rester en prison sans tuer personne mais sans doute en finissant par se faire trucider par l'autre furieuse un jour ou l'autre, ou sortir et peut-être faire la chose la plus horrible pour un flic qui fait ce métier à cause de la mort d'un proche : tuer un innocent.

Faisant une sieste, elle découvre que le jour elle ne fait pas de cauchemar. Une solution simple arrive alors : dormir le jour, vivre la nuit ! Sur ce, aussitôt pensé, aussitôt fait : elle dort la plus grosse partie de la journée, et médite (elle est bouddhiste) le reste du temps, comme elle le fait depuis qu'elle a appris qu'elle a tué quelqu'un. Ses amis la font libérer, elle sort en début de soirée... bots du café et de la red bull, au cas où ses nombreuses heures de sommeil ne suffiraient pas. Le MJ demande un jet tout de même... de mauvaise grâce, je m'y plie... et découvre que mon perso n'a que 35% en endurance (un bug du livre sans doute mais le MJ, fatigué, et je ne le lui reproche pas, décide de ne pas le corriger). Je me crois dans wharammer, ce n'est pas grave, je lance mon dé et, malgré le bonus, échoue.

Mon perso se retrouve donc à dormir en extérieur... cette fois-ci, apparemment, elle ne tue personne, joie. Mais les prières font rire le monstre. Dans la journée, discussion avec sa mère : beaucoup d'indices que son père, à la solde du monstre si j'en crois mon dernière rève, s'est relevé de sa tombe... Elle essaie de trouver des moines bouddhistes qui pourraient l'aider... Mais il n'y a personne dans l'immense ville où le groupe travaille et vivt.

Elle est donc seule, à cause d'elle son père est sous le servage d'un monstre, elle a tué un innocent et va sans doute recommencer, elle n'a pas la force physique de ne pas dormir la nuit, elle n'a personne auprès de qui trouver des conseils... Elle est seule, absolument seule, coupable de trop de choses, et sans issue de secours à l'horizon que celui de dire "oui" à un monstre qui lui fait tuer des gens et qui a créé un monstre sanguinaire (notre Némésis) qui est presqu'exclusivement à ses trousses sans qu'elle sache pourquoi. Et lorsqu'on croise une femme spécialisée dans les mythes antiques, elle lui fait comprendre que elle n'a aucun espoir. A ce stade de l'évolution de mon personnage, celui-ci la croit.

Alors oui, j'aurais pu tenter d'autres choses : la coke, pour commencer. Et puis aussi, peut-être, les bibliothèques occultes pour tenter de comprendre de quoi il s'agissait plus d'une fois (j'ai fait un jet raté la première fois, et je n'ai rien trouvé... renforçant le sentiment de solitude du personnage).

Mais je ne vois pas très bien où elle aurait pu trouver l'espoir. Tu dis, Shunpo, que le MJ aurait dû voir venir le truc arriver. Mais j'ai joué mon perso, j'ai joué sa tristesse, son manque d'entrain (très différent en cela du premier scénar), j'ai joué ses angoisses, j'ai eu de longues discussions avec le perso de Steph où je disais qu'il n'y avait pas d'espoirs... Si ça c'est pas des symptômes de dépression, je ne vois aps comment faire. Peut-être mettre un panneau au-dessus de la tête du perso avec écrit "je vais me suicider" ?

Je ne dis pas qu'en tant que joueuse je n'avais pas d'espoirs - je fais assez confiance au MJ pour en avoir. Mais, me mettant dans la peau du personnage, voyant la situation par ses yeux, je n'en voyais pas. Mon personnage a donc fait le seul geste qui lui permettrait d'échapper à l'influence du monstre, à la culpabilité du meurtre et du réveil de son père, à la terreur de recommencer... Elle a pris le seul chemin qu'elle connaissait pour quitter ce monde. Ce que Steph et le MJ a compris (et depuis on en a beaucoup reparlé, en plus, et il comprend vraiment ce geste, avoue même qu'il aurait dû le voir venir...).

Donc voilà, je préfère un débat large, mais au moins la situation qui m'a amenée à me poser la question du suicide des PJ de façon plus générale est posée. Et, que j'ai eu tort ou raison de le faire, ce n'est pas tant ça qui m'intéresse. A partir du moment où le MJ le comprend, ça me suffit ^^
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Messagepar Erestor » Mer Juin 20, 2012 1:54 pm

Intéressant ce sujet. Je vais mettre de ce pas un lien sur Topchrétien pour leur montrer que oui, le JdR est une activité parfaitement sain(t)e ! :))))
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Messagepar Julien H » Lun Juin 25, 2012 11:35 am

Spoiler sur un film (hé oui) : Shutter Island.





J'ai oublié un de mes personnages très intéressants, qui a fini en se jetant d'un phare. Il s'agissait du personnage principal d'une adaptation en jdr de Shutter Island, par Oxymore.
Le personnage, placé devant l'horreur de ses actes, a préféré se suicider. Cela m'était venu plutôt naturellement dans le cadre de l'interprétation de ce PJ. Et après j'ai découvert le destin du perso dans le film...
J'étais pas tant que ça dans l'erreur...
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Messagepar sempai » Lun Juin 25, 2012 11:57 am

Pour notre table, cela est arrivé une fois mais en collectif ^_^
Si, si et sans rire !
En fait, ce fut lors de la campagne Patient 13. Nos personnages font quelques découvertes ("autorisées" par le MJ du fait de ses choix), on avance jusqu'à un point où les perso se rebellent, se font torturer, vont au bout des choses et comprennent que finalement ils ne sont qu'une seule facette d'une même personne et que vivre ainsi n'est pas concevable et que la libération ne pourra venir que par leurs morts, d'où la libération venant par cet acte ultime.
Ensuite, je n'ai jamais vu de perso se suicidait parce que jugeant qu'il n'y a pas d'espoir dans l'histoire car cela montrerait 2 choses :
- soit que le MJ a vraiment prévu qu'il n'y ait aucun espoir pour les joueurs et que quoiqu'ils entament c'est voué à l'échec ce qui fait que dans ce cas, le joueur peut en avoir assez et utiliser ce moyen pour marquer son désaccord et son ras-le-bol,
- soit que le joueur ne souhaite absolument pas jouer l'histoire et que plutôt que de suivre le groupe, ou de se prendre la tête avec tout le monde, il se tire une balle dans la tête et rentre chez lui pour laisser les autres joueur.
Je ne sais pas comment je réagirai, en tant que MJ, si un des personnages de mes joueurs se suicidait alors que "rien" ne semble aller dans ce sens. 8ooo
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Messagepar Sevoth » Jeu Oct 04, 2012 9:22 pm

Juste parce que je l'ai fais aujourd'hui dans une campagne d'un an et demie que je jouais par forum.

Il s'agit du jeu rogue trader, où j'incarnais deux personnages.

La Navis Primari (La personnalité capable de faire voyager le navire des Pjs dans l'espace) et un assassin (espion/voleur/protecteur du capitaine du navire).

Voilà le texte de fin validé par le MJ.

Un suicide de ma Navigator afin d'en finir avec sa némésis (un navigator plus ancien créé durant le Bg qui avait carrément pourri sa famille).

Pour les fautes : c'est écrit entre midi et deux au boulot, hein... ( ¬__¬)

Mais bon, ça correspond bien à l'image que je me fais d'un suicide cinématographique et acceptable dans une partie de jdr.

---

Les Gallantiens encore en vie réagirent moins par conviction que mués par un entrainement inlassablement répété. Ils avaient forgé dans le feu du fanatisme, une âme d’acier. Alors que les remparts de leurs esprits ébranlés par les visions impossibles du WARP cédaient au fur et à mesure que la folie s’insinuait en eux, il ne restait que la voix de la colonelle.
Il accompagnait ses ordres mécaniquement en récitant les vœux et le leitmotiv de l’unité.

Ils étaient des aveugles qui se précipitaient vers un gouffre sans fond, marchant à travers un incendie. Ils symbolisaient l’essence de la Garde malgré eux. Leur pugnacité leur venait de leur fierté.

Peut-être plus tard, lorsque cette histoire serait racontée, peut-être oui, parlerait-on d’eux non comme des héros ou des saints, mais bien comme le mètre étalon de la valeur des forces de l’Ex Cathedra. Peut-être contribueraient-ils au respect qu’imposerait un jour le nom des Von razgriz sur Terra elle-même.

En attendant, ils vivaient l’enfer et sans doute, aucun d’entre eux ne pourrait plus jamais être jugé apte au service.
Lorsque la colonelle leva le bras machinalement, les soldats portèrent leurs mains à leurs ceintures afin d’orienter leur matériel de propulsion vers le champ de cercueils.

Katje se tourna vers le point si proche, et pourtant infiniment lointain qu’était devenu la navette de sauvetage. Elle envoya un message attendu et les deux soldats restés en retrait déployèrent une grappe de cordes d’acier souple. Des filaments de métal destinés à tracter les charges rencontrées.

Le plan qu’elle tentait de définir tant bien que mal entre deux cauchemars éveillés prenait forme.

Et pendant que l’Impérium de l’humanité s’agitait, les dieux, eux, se rencontraient. Au cœur d’un maelstrom hurlant, dans un espace préservé artificiellement par l’instigateur d’un cataclysme qui menaçait de se reprendre sur un secteur entier… Un lieu irréel composé des restes flottant d’un croiseur détruit, de sépultures intemporelles où souffraient les victimes du vice et de l’orgueil face à un soleil artificiel créé lors de la fusion des moteurs immenses d’un titan d’acier à l’agonie.
Une étreinte chimérique dans le vide spatial, entre deux entités liées par le sang et le destin. C’est ainsi qu’il convenait de définir cet instant.
La petite fille se blottit dans l’accolade du grand père et posa lentement son visage de glace, celui d’une éphémère sirène, contre le torse de chair déchirée et de cristaux, le fruit d’un abominable pacte entre le non humain et l’hérétique.

Ils oublièrent, sans doute, un instant, chacun, leur situation respective. Et aucun ne prêta attention aux manœuvres des inachevés qui liaient les cercueils aux câbles tendus à chaque fois qu’un soldat parvenait à se saisir de sa cible.

Il baissa son visage sur elle, si fragile autrefois et aujourd’hui offerte et plus forte que jamais. Il s’émerveillait du pouvoir qui circulait en elle, et le temps d’un regard, il se mentit en pensant qu’elle était bénie par son sang. Qu’elle avait retenu sa véritable nature, qu’elle était de ces créatures qui muait pour devenir terrifiante et magnifique. Le temps d’un regard, il l’aima comme si elle était sienne depuis qu’il avait fait le choix de s’affranchir des limites qu’imposait une humanité obsolète.
Le mensonge se flétrit lorsque sa petite-fille le regarda à son tour et qu’il saisit dans un instant de lucidité glaciale la poussière de glace de ses joues qui s’étiolaient tandis que le pouvoir de l’Empyrean consumait purement et simplement celle qui le sublimait pour créer l’illusion d’un pouvoir immense. Là où il avait fait le choix de s’offrir à l’indicible, elle avait décidé d’être le phalène devant le feu.

Les psykers de bon sens, s’imposaient des limites. Des barrières mentales destinées à empêcher le pouvoir de les submerger. Ils puisaient dans l’Empyrean en épuisant leur volonté. On pouvait changer les règles de plusieurs manières. Nostromo avaient détourné les lois de la psyché en employant les forces de la Ruine, en acceptant de sacrifier la pureté de son héritage génétique en le mêlant à la chair Xenos. Un choix qui lui avait coûté son âme, son humanité et toute forme de moralité. Il était devenu un être de désirs et de violence.

Honoria avait simplement triché. Elle avait refusé de sacrifier son âme à son ambition. Son manteau de chair en revanche, elle était prête à l’offrir en même temps que sa pérennité et son destin.
Et c’est ce qui se produisait, elle mourrait dans les bras de celui qui la désirait pour transcender les limites physiques du vide spatial, pour devenir le seul horizon du dément et possessif aïeul qu’était Nostromo.

- Non…murmura t-il. Il n’est pas trop tard, vous pouvez… gémit le Navigator en redressant le visage de son aimée du bout de deux doigts.

Il sentit l’étreinte d’Honoria se raffermir contre lui, et perdit de vue les intentions de sa petite fille.

- Mourir, vous voulez mourir pour sauver une poignée ?! Pour un instant de répit ? C’est pure folie, Honoria ! Je vais les engloutir tous, vous le savez ! Votre geste est futile, m’offrir l’étreinte d’un instant ne brisera en rien ma volonté, et vous le savez parfaitement !

Honoria remonta brusquement et passa son visage sur l’épaule de Nostromo, pour regarder plus loin, derrière lui.

- Je le sais, grand père. Je sais aussi que vous êtes malade. Je sais que c’est l’ambition des nôtres qui a fait de vous ce que vous êtes. Chacun de vos pactes, chacun de vos gestes monstrueux…Je sais que vous n’en êtes pas responsable.

Alors je veux que vous sachiez à votre tour, que ce que je vais faire, je vais le faire sans colère. Sans haine. Je le fais pour vous. Avant de purger le nom des Primigenes, je veux vous libérer vous, de votre fardeau.

Lorsque la glace se répandit dans le dos du Navigator, il comprit dans un instant d’horreur ce qui se passait. Il connaissait de manière si intime l’instant qui précède l’ouverture d’une porte que le sentiment qui accompagnait la manœuvre lui était aussi familier que le fait de respirer.
Il tenta vainement de se libérer tandis que le pouvoir de l’Empyrean l’étreignait avec force.
Sauvagement, il hurla des imprécations et des malédictions.
Derrière les dieux, la réalité se scindait en des couleurs impossibles, libérant un accès vers le monde de l’Aether. Vers le domaine de la Ruine.
Nostromo hurla à nouveau tandis que le cœur de la tempête se déchirait alors que s’ouvrait un portail Warp sous la volonté de la Navis Primaris.
Katje prit la mesure de l’acte désespéré de la Matriarche et l’adrénaline remplaça immédiatement la terreur. Ses sens lui revinrent pleinement devant l’inéluctable.
Elle hurla à son tour des ordres dans son casque et les câbles se tendirent tandis que la navette lança ses réacteurs.

Le portail était relativement petit, à peine cinq ou dix fois la taille d’un homme. C’est tout ce qu’elle pouvait faire seule, elle qui était capable de créer des failles pour des flottes entières depuis le trône de Sa Majesté.
Elle aurait pu rire de cette faiblesse supposée, mais elle ne voyait que le visage d’Héloïse et de celui de sa mère en cet instant. Elle voyait Lonallyn derrière elles, et articula des excuses sans qu’un son ne s’échappa de ses lèvres.

Elle vit les visages de Vincens et celui de son ami Ajax. Elle leur sourit alors que l’anomalie Gravifique qui accompagnait la création du portail s’enclenchait, aspirant tout ce qui se trouvait en périphérie de l’ouverture, à commencer par les deux navigators.
Nostromo hurla dans l’esprit de la Navigator pour tenter de lui faire entendre raison.

- JE VAIS REVENIR HONORIA ! VOUS NOUS MENEZ DANS UN TERRITOIRE QUE JE CONNAIS POUR L’AVOIR MILLE FOIS ARPENTE ! VOUS NE POUVEZ PAS M’ANEANTIR ! LES DEMONS VOUS DEVORERONT ET JE ME LIBERERAI DE VOTRE ETREINTE GLACEE ! J’AI L’ETERNITE POUR LE FAIRE !

Honoria posa son visage contre celui de Nostromo alors que son cœur cessait lentement de battre.

- Non, répondit-elle simplement en fixant le vide de l’Empyrean qui s’étendait devant elle alors qu’elle s’apprêtait à pénétrer dans le portail.

Les capteurs de l’Occulum délivraient les données à une vitesse folle.
L’ouverture du portail n’avait échappé à aucune flotte. Les cogitateurs étaient unanimes tant la simplicité de l’équation de voyage était enfantine.

Achilus, qui s’était relevé, décidé à faire face à la mort, annonça incrédule pour la passerelle en lisant les notes :
- Un saut d’urgence a été initié au cœur de la tempête. Il s’agit d’un saut de moins d’un parsec…

Il retira son masque de cristal, en fronçant les sourcils. Tous les navigators des flottes alliées comme ennemies prononcèrent les mêmes mots au même instant.
- La destination du saut est…Le cœur de plasma des réacteurs du Monarch Of Whispers.

Katje, tenant fermement le cable d’acier tandis que la navette luttait contre la force d’aspiration du portail hurla vers la Vénérable tandis que son corps disparaissait corps et bien avec celui du monstre dément vers un endroit auquel aucun organisme Xenos ne survivrait.
Le portail se referma en une unité de temps infime derrière les navigators.
Aussi soudainement qu’elle s’était levée la tempête Warp se dispersa pour disparaitre, ne laissa derrière elle qu’un agglomérat de parcelles métalliques obscènes, autant de morceaux du défunt croiseur qui s’étaient retrouver en elle.
Au loin, surgissait le Mad lover’s Present.
La navette des Gallantiens s’était stabilisée. Katje flottant dans le vide, contemplait le cœur de plasma du Monarch of Whisper dont le feu blanc était devenu violacée.
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J’écrisse jusqu’à tomberir dans la poussière et
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