Faites entrer l'accusé

Il y a des gens en ville qui aiment les jeux de rôles. Venez les retrouver pour en discuter.

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Messagepar Odillon » Jeu Avr 12, 2012 5:40 pm

Je reproduis un article du Monde du 18 novembre 2003 qui entre bien dans ce sujet, le recensement de quatre morts suspectes de personnes liées d'une manière ou d'une autre à l'affaire des frégates de Taïwan. Pour rappel, cette affaire concerne la vente par Thompson (avec le soutien de l'État français) de six frégates militaires à la marine de Taïwan, une vente ayant donné lieu à des versements de 500 millions de dollars de commission à des personnalités taïwanaises (et chinoises, pour éviter que Pékin ne gueule trop) et à des intermédiaires, une aprtie de ses commissions revenant en France sous la forme de rétrocommissions. Quand la justice s'est intéressée au sujet, certaines personnalités ont connu des destins funestes. L'affaire a provoqué un énorme scandale à Taïwan (entraînant la défaite historique du parti politique dominant le Kouomintang) et un scandale bien moins important en France malgré les liens avérés de ces rétrocommissions avec les réseaux d'Elf. Malheureusement, les ressorts de cette affaire furentbien moins médiatisés que les coucheries de Roland Dumas avec Christine Deviers-Joncourt et son traitement médiatique sombra (comme souvent) dans le trivial et oublia l'essentiel.

Quatre morts suspectes dans l’ombre du dossier de frégates de Taïwan
Par Fabrice Lhomme, Le Monde, 18 novembre 2003.

Un Taïwanais a été assassiné, trois Français, dont deux proches des services secrets, ont perdu la vie.

Mieux vaut ne pas s’intéresser de trop près au dossier des frégates de Taïwan : une dizaine de personnes ayant eu à connaître de l’affaire ont trouvé la mort, dans des circonstances parfois obscures. Les magistrats français semblent estimer à quatre les cas réellement suspects.

Le capitaine Yin Ching-feng.

Membre de la marine taïwanaise, ce militaire réputé incorruptible a été assassiné le 9 décembre 1993, à Taïwan. Une première autopsie avait conclu à la noyade accidentelle - ou au suicide -, mais une seconde a prouvé que le corps du capitaine de frégate Yin portait la trace de nombreux hématomes, sans doute provoqués par des coups de karaté. De plus, ses poumons n’étaient pas remplis d’eau, preuve qu’il était déjà mort avant d’être jeté à la mer.

Chef du bureau d’approvisionnement de la Navy, il avait découvert que le prix des frégates avait été artificiellement gonflé par le versement de commissions occultes dont il cherchait les bénéficiaires. L’enquête sur son assassinat, dont la révélation a provoqué un séisme politique à Taïwan - contribuant sans doute à la défaite, historique, du candidat du Kouomintang lors de l’élection présidentielle de mars 2000 -, a établi que le militaire avait été attiré dans un piège qui aurait été tendu par son adjoint, le capitaine Kuo Lin-heng. Ce dernier a, depuis, été condamné à perpétuité, mais pour corruption. La veuve du capitaine Yin est venue témoigner en mai 2002 dans le bureau du juge Van Ruymbeke. Selon son avocat, Me Thibault de Montbrial, "il y a trop de morts suspectes dans ce dossier". Les soupçons se sont également portés vers les deux représentants de Thomson dans l’île, qui avaient précipitamment quitté Taïwan, juste après la mort du capitaine. Le premier est chinois : il s’agit d’Andrew Wang, surnommé "M. Shampoo", déformation phonétique de son prénom chinois, Chuan-pu, et allusion à sa réputation de blanchisseur de fonds.

Très proche de Kuo Lin-heng - à qui il a versé de l’argent dans le cadre du contrat des frégates -, Andrew Wang était l’animateur de l’un des réseaux activés par Thomson pour convaincre la Navy d’acquérir les frégates La Fayette. A ce titre, il a perçu plusieurs centaines de millions de dollars. Il est aujourd’hui recherché par la justice taïwanaise. Le second est français : il s’agit de Jean-Claude Albessard, à l’époque représentant officiel du groupe Thomson en Extrême-Orient.

Jean-Claude Albessard.

Ancien officier de marine, cet homme réputé pour son extrême discrétion avait choisi de faire une seconde carrière chez Thomson. Installé à Tokyo, où il s’est marié avec une Japonaise, il passait pour être un "honorable correspondant" de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), les services secrets français. Il a été missionné dès la fin des années 1980 par la direction de Thomson pour mener à bien l’opération "Bravo". Mis en cause par la presse de Taïpeh dans l’assassinat du capitaine Yin, sa mort, en mars 2000, attribuée à un cancer foudroyant, reste une énigme pour ses proches, tant l’homme semblait en pleine santé. Dans Taïwan Connection, Thierry Jean-Pierre écrit : " Dans les milieux dits autorisés, on murmure qu’il aurait été irradié par un élément radioactif placé sous son siège de bureau."

Thierry Imbot.

Membre de la DGSE - dont son père fut le directeur de 1985 à 1987 - jusqu’en 1993, date à laquelle il s’est lancé dans les affaires, Thierry Imbot a été nommé à Taïwan en 1991, juste après la signature du contrat des frégates. Il y est resté moins de deux ans. Il est mort le 10 octobre 2000 dans des circonstances qui ont éveillé les soupçons. L’enquête policière, confiée à la brigade criminelle du fait de la personnalité de la victime, a cependant conclu à son caractère accidentel.

Selon toute vraisemblance, il est tombé par l’une des fenêtres de son appartement du 4e étage, situé rue François-Ier, à Paris, en tentant de fermer les volets. Il aurait pris appui sur le rebord de la fenêtre et aurait glissé. Un test fait par l’un des enquêteurs sur cette même fenêtre a paru probant, d’autant que, le soir du drame, il pleuvait et que le vent était fort. L’autopsie n’a relevé ni marque ni aucune trace de coup laissant supposer qu’il aurait été poussé de force (Le Monde du 11 janvier 2001). Interrogé en juin 2002 par les juges Renaud Van Ruymbeke et Dominique de Talancé - qui se sont fait communiquer les conclusions de l’enquête de la brigade criminelle -, le général Imbot a toutefois semé le trouble en rapportant des propos que lui aurait tenus son fils peu avant sa mort. Celui-ci lui aurait confié qu’il détenait des détails sur la répartition des commissions perçues sur la vente des frégates La Fayette, mais aussi de Mirage 2000. "Mon fils m’avait dit que des gens à Taïwan et en France, au plus haut niveau chez Thomson, avaient fait des fortunes colossales à propos de ces contrats", avait indiqué le général.

Jacques Morisson.

En poste à Taïwan au moment de la signature du fameux contrat des frégates, Jacques Morisson a chuté mortellement, le 18 mai 2001, d’une fenêtre de son appartement, situé au cinquième étage d’un immeuble de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Sa compagne a indiqué à la police que Jacques Morisson était sous antidépresseurs, mais qu’il n’avait aucune intention de mettre fin à ses jours. Faute d’indices laissant présumer un meurtre voire un accident, les enquêteurs ont conclu au suicide. Les juges se sont toutefois fait communiquer les conclusions de l’enquête policière. Ancien officier de marine, Jacques Morisson, spécialiste des systèmes de détection, avait été nommé par la direction de Thomson à Taïwan afin de suivre la partie technique du contrat "Bravo". Peu de temps avant sa mort, il aurait confié à des proches ses craintes d’être assassiné, au motif qu’il en savait trop sur les dessous de la vente des frégates.
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Messagepar Odillon » Ven Avr 13, 2012 1:35 pm

Dans le genre meurtre non résolu avec :
- des mafieux,
- des organisations secrètes,
- des services secrets,
- le Vatican
on a pas beaucoup fait mieux que l'histoire qui suit.

La mort de Roberto Calvi (et un peu aussi la mort du pape Jean-Paul Ier)

Le 17 juin 1982, le banquier italien Roberto Calvi est retrouvé pendu sous le Blackfriars Bridge de Londres, non loin de la City. Agé de 62 ans, il était le président de la seconde plus grande banque privée italienne, la Banque Ambrosiano. Cette dernière venait de faire faillite, présentant un déficit compris, selon les estimations, entre 700 millions et 1,5 milliards de dollars (à une époque où le dollar crève des plafonds en valeur), argent dont on ne retrouva jamais la trace et dont la disparition « soudaine » des comptes de la banque reste mystérieuse. La justice britannique conclut à un suicide avant que, quelques années plus tard, de nouvelles analyses démontrent que Roberto Calvi avait été assassiné.

La mort de Calvi fut l’une des plus médiatisée entourant le scandale de la banque Ambrosiano mais elle fut loin d’être un cas isolé dans cette affaire. A titre d’exemple, la veille de la mort de Calvi, sa secrétaire personnelle s’était jetée du cinquième étage d’un immeuble. Bien que ce décès soit considéré officiellement comme un suicide, il soulève également de nombreuses questions.

La banque Ambrosiano n’était pas une banque comme les autres. Son principal actionnaire était en effet la banque du Vatican et depuis les années 70 son nom était cité dans de nombreuses enquêtes, notamment du ministère du Trésor US, car elle était soupçonnée de blanchir l’argent de la mafia italienne. Elle était également la banque officieuse du réseau Gladio, le réseau secret mis en place en Italie par l’OTAN à la fin de la Seconde guerre mondiale et qui avait pour but d’empêcher tout développement de l’influence communiste dans le pays.

Ce réseau dont l’existence a été révélée officiellement en Italie en 1990 par le Premier ministre Giulio Andreotti a été accusé d’avoir organisé des attentats en Italie durant les « années de plomb » dans les années 70 et au début des années 80 (dont l’attentat de la gare de Bologne – 85 morts, 200 blessés). Bien sûr, il s’agissait d’un réseau informel mais beaucoup des membres de ce réseau se retrouvèrent dans une loge « maçonnique » (je mets les guillemets car ce groupe empruntait certaines traditions franc-maçonne sans être rattaché à une obédience et en écartant d’autres traditions) : la loge Propaganda Due, plus connue sous l’acronyme de loge P2.

Cette loge, dirigée par Licio Gelli comprenait des cardinaux (alors qu’il est théoriquement interdit aux hommes d’église d’appartenir à une organisation maçonnique), des généraux, des banquiers, des mafieux, des hommes d’affaires et les chefs des trois services de renseignement italiens. Un certain Silvio Berlusconi, bien aidé au début de sa carrière par Licio Gelli, appartenait à ce réseau. Tout comme le président de la Banque Ambrosiano, Roberto Calvi.

Licio Gelli fut officiellement inculpé pour avoir commandité la mort de Roberto Calvi mais les charges furent abandonnées fautes de preuves. Un repenti de la mafia déclara que Calvi avait été assassiné parce qu’il aurait perdu des fonds appartenant à la mafia lors de la faillite de la Banque mais bien d’autres explications sont possibles car le nom de la banque a été cité dans le financement illégal des Contras au Nicaragua par la CIA ou du syndicat polonais Solidarnosc conjointement par le Vatican et la CIA. Un groupe de cinq personnes liées à la mafia furent jugés en 2007 pour l’assassinat de Calvi mais furent acquittées faute de preuve, leurs avocats parvenant à semer le trouble en rappelant le nombre de personnes qui, du Vatican à la mafia en passant par les services secrets, avaient intérêt à tuer Calvi.

Aujourd’hui, bien que la justice italienne ait reconnue que Calvi avait bien été assassiné et qu’il ne s’agissait pas d’un suicide, ce meurtre n’est toujours pas élucidé.

L’ancien grand maître de la Loge P2, Licio Gelli vit toujours, du haut de ses 93 ans, en résidence surveillée dans une immense villa en Toscane.


Elément intéressant, dans le livre-enquête qu’il consacra à la mort du Pape Jean-Paul Ier, mort en 1978 après 33 jours de règne d’une crise cardiaque et qui ne fut jamais autopsié, le journaliste David Yallup déclare que le pape a été assassiné parce qu’il souhaitait assainir le fonctionnement de la banque Ambrosiano et de la banque du Vatican. Yallup accuse le cardinal états-unien Monseigneur Paul Marcinkus, président de la Banque du Vatican, et Roberto Calvi d’avoir commandité l’assassinat pour protéger leur banque et les affaires de leurs amis politiques. Paul Marcinkus fut nommé en 1981 président de la Cité du Vatican par Jean-Paul II en plus de ses fonctions à la tête de la Banque du Vatican, ce qui en fit le troisième personnage le plus important de la Curie romaine. Cette position ne l’empêcha pas d’être mouillé par la faillite de la banque Ambrosiano, une faillite insuffisante pour lui faire quitter ses fonctions (puisqu’il garda son poste jusqu’en 1990) mais qui coûta la vie à Roberto Calvi.

Dans Le Parrain III, Coppola accrédite la thèse de l’assassinat du Pape Jean-Paul Ier en lien avec le scandale de la banque Ambrosiano. Les turpitudes autour de cette banque ont inspiré le scénario grand écran du dernier numéro de Casus belli première version « le règne des troisième couteaux », scénario que je n’ai pas relu depuis un bail mais qui m’avait laissé un bon souvenir.
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Messagepar Odillon » Ven Avr 13, 2012 2:18 pm

J'ai lancé ce sujet et je suis quasiment le seul contributeur.

Afin de savoir si c'est intéressant que je continue : vous n'intervenez pas parce que vous n'avez pas d'histoires de ce type à raconter ou bien parce que ça ne vous intéresse pas (auquel cas, je vais peut-être arrêter mon monologue) ?
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Messagepar Rom1 » Ven Avr 13, 2012 2:50 pm

Au contraire, c'est super passionnant.

Mais je suis un peu déconnecté de l'actualité ces temps-ci et je me sens pas à la hauteur de tes contributions. C'est impressive !
Perso, je te conseillerai bien de faire de ces post une sorte de rubrique récurrente dans un mag' de JdR - Di6dent ?
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Messagepar Odillon » Ven Avr 13, 2012 3:04 pm

Rom1 a écrit:Perso, je te conseillerai bien de faire de ces post une sorte de rubrique récurrente dans un mag' de JdR - Di6dent ?
De base ça ne m'intéresserait pas plus que ça, donc je me vois mal démarcher des magazines sur ce sujet. Après, si ça intéresse des mag et qu'ils m'en font la demande, pourquoi pas. Il faudrait juste voir quelle forme ils souhaiteraient que ça ait, si j'ai le temps et si ça m'intéresse encore.
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Messagepar Bob Darko » Ven Avr 13, 2012 3:31 pm

Je n'ai pas eu le temps de tout lire en détail mais je trouve la démarche vraiment excellente. Avec peut-être un encadré pour adapter à un ou plusieurs jeux, c'est de l'or en barre.
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Messagepar Odillon » Ven Avr 13, 2012 4:18 pm

J'ai oublié une anecdote assez fumeuse mais qui peut servir d'inspi si on adapte l'assassinat de Roberto Calvi à un JdR à ambiance conspi/ésotérique (là, tout de suite, je pense à Unknown Army mais il y en a d'autres).

Les membres de la Loge P2 se seraient désignés entre eux sous le nom de "frères noirs" (ça fait assez grandiloquent mais ce n'est pas impossible que ce soit vrai, il y a eu des précédents démontrant que les personnalités qui ont - en partie - la capacité de tirer les ficelles du pouvoir dans l'ombre (ou qui phantasme sur leur capacité de le faire) ont parfois la facheuse tendance à surjouer la carte de la conspiration occulte. L'ésotérisme développé par certains clubs élitistes et très fermés au XIXème et XXème siècle ou le décorum hermétique entourant certaines loges maçonnique où on n'entre que par cooptation en témoigne).

Cette appellation de "frères noirs" est à rapprocher du nom du pont en dessous duquel Roberto Calvi a été pendu : Blackfriars bridge. Avec ça en tête, vous relisez la description de Londres à la sauce ésotérico-maçonnique lors de la ballade en calèche de Jack l'éventreur dans From hell et je pense qu'il y a de quoi faire.
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Messagepar Moïse » Ven Avr 13, 2012 5:37 pm

Odillon a écrit:J'ai lancé ce sujet et je suis quasiment le seul contributeur.

Afin de savoir si c'est intéressant que je continue : vous n'intervenez pas parce que vous n'avez pas d'histoires de ce type à raconter ou bien parce que ça ne vous intéresse pas (auquel cas, je vais peut-être arrêter mon monologue) ?


Si, si, c'est super intéressant, ça me donne même envie de racheter le Canard. Pour les contributions, c'est que je n'en ai pas à proposer, ça fait bien longtemps que je ne me suis plus intéressé sérieusement au sujet.
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Messagepar Léonard » Ven Avr 13, 2012 6:00 pm

J'aime beaucoup ce genre d'inspirations tirées de faits réels. Même si je ne sais pas à quel jeu adapter ça, c'est intéressant à lire.

Je manque de temps pour participer, mais l'occasion, je pourrais rajouter une ou deux affaires plus historiques ou exotiques.
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Messagepar Odillon » Sam Avr 14, 2012 3:09 pm

Léonard a écrit:J'aime beaucoup ce genre d'inspirations tirées de faits réels. Même si je ne sais pas à quel jeu adapter ça, c'est intéressant à lire.
Ca dépend un peu de l'affaire à adapter mais, quoi qu'il en soit, on doit être dans du contemporain ou du futur très proche.

Par exemple, si on prend l'affaire des frégates de Taïwan et qu'on transfert l'histoire de quelques années dans le futur pour l'adapter au monde COPS (une entreprise californienne vend des armes à un pays étranger tout en enrichissant les dirigeants politiques qui ont donné les autorisations de vente voire - plus intéressant - lors du conflit d'indépendance de la Californie, les achats d'armes ont permis à certains dirigeants de s'enrichir lors d'achats à l'étranger), la mort de Jean-Claude Albessard (la deuxième citée dans l'article du Monde en haut de page) peut donner une porte d'entrée intéressante.

Exemple : une indic d'un PJ, prostituée et toxicomane, vient lui demander de l'aide : cachée, elle a assisté à l'assassinat de son petit ami et de son complice (des cambrioleurs qui s'étaient spécialisés dans le détroussage de maisons familiales pendant les obsèques d'un membre de la famille). Quand les COPS vont sur les lieux du crime, la police est déjà là et affirme que tout porte à croire que les deux hommes (toxicos également) se sont entretués à cause d'un différend dans le partage d'un butin d'une maison qu'il venait de cambrioler : celle d'un ancien militaire (inspiré de Jean-Claude Albessard) enterré la veille. On a d'ailleurs retrouvé des affaires volées lors du dernier cambriolage (et d'autres) dans leur refuge.

L'indic des PJ assure que la veille elle était avec les deux cambrioleurs et qu'ils ont commis des cambriçolages mais pas celui là. Mais beaucoup de ses propos sont incohérents et son statut en fait un témoin peu crédible. Autre élément troublant, autant les premiers cambriolages (que l'indic reconnait) étaient assez propres (peu de vandalisme), autant le dernier cambriolage a vu le matelas du couple de la victime éventré, des meubles cassés et le fauteuil de bureau éventré... etc.

Les COPS qui s'intéressent à l'affaire peuvent être contactés par le frère du militaire décédé qui ne croit pas non plus au cambriolage et qui pense que le cancer fulgurant dont est mort son frère est suspect. Il croit que le cambriolage a servi à faire disparaître des preuves ou des documents compromettant en la possession de son frère et que les petits cambrioleurs n'ont servi que de boucs émissaires pour masquer les vrais commanditaires. Si on passe le fauteuil du bureau éventré "par les cambrioleurs" au compteur geiger, il présente une radioactivité anormalement élevée. En enquêtant sur les actions récentes de l'ancien militaire décédé d'un cancer, les COPS découvriront qu'il pourrait être impliqué dans la mort d'un militaire étranger (inspiré du capitaine Yin Ching-feng) et de là, remonter toute l'affaire de corruption et de rétro-commission en affrontant le manque de preuve, les disparitions de témoins, les menaces personnelles et les entraves politiques ou émanant de leur hiérarchie.

Autre exemple, en s'inspirant de la mort de Detlev Karsten Rohwedder (la seconde affaire dont je parle, première page), on peut imaginer qu'un PJ ou un PNJ très proches des PJ a eu un passé d'activiste d'extrême-gauche avec lequel il a rompu et qu'il vit désormais sous une fausse identité. Un jour, alors qu'il en avait assez de cette vie clandestine, un de ses amis qui lui ressemblait beaucoup a été tué par la police alors qu'il venait lui apporter de faux papiers et qu'il transportait ses véritables papiers d'identité. L'ami, criblé de balles, s'est pris une balle de gros calibre en plein visage et les signalements des témoins plus la présence des papiers du PJ sur le corps ont conduit la police à bâcler l'identification et à déclarer le PJ mort. N'étant plus recherché par la police parce qu'officiellement décédé, il a refait sa vie sous un faux nom (celui de l'ami mort à sa place ?).

Mais quelques années plus tard, la presse fait ses gros titres sur le fait que la mort de Detlev Karsten Rohwedder (ou d'un PNJ inspiré de ce personnage) a été identifié grâce à un cheveu retrouvé sur le toit d'où a tiré le sniper et qu'il s'agit du PJ. Mais les conclusions de la police sont contestées par les anciens amis politiques du PJ et cela pourrait faire réouvrir l'enquête ou le dossier sur sa mort, forçant ce dernier à se réimpliquer dans l'affaire et en le faisant éventuellement repéré comme vivant par les vrais commanditaires du crime.

En fonction du jeu, les commanditaires de l'assassinat peuvent être différentes factions. Dans Delta Green par exemple, cela pourrait être Majestic 12 qui souhaitait acquérir (via une entreprise bidon) une entreprise publique est-allemande d'aérospatiale disposant de dossiers secrets et que Detlev Karsten Rohwedder ne souhaitait pas privatiser.

Si on joue à Shadowrun, Cyberpunk, James Bond, Spycraft, Circus ou d'autres jeux à mission barbouzarde/espionnage, l'adaptation n'est pas très compliquée à faire. Beaucoup de jeu de super-héros street-level peuvent s'y prêter assez bien également.

EDIT : les commanditaires peuvent également être une des organisations scrètes qui sont ou vont être recensées ici, dans la nouvelle discussion de Fabien.
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Messagepar Odillon » Dim Avr 22, 2012 2:02 pm

Un étrange « accident » survenu en 1962, qui est sans aucun doute un assassinat commandité par de très nombreuses personnes ou organisations, qui a fait grand bruit à l’époque (au point de fournir le sujet d’un film qui obtint la Palme d’Or au festival de Cannes en 1972) mais qui est tombé dans l’oubli (notamment en France, nettement moins en Italie)

La mort d’Enrico Mattei

Le 27 octobre 1962, l’avion privé dans lequel voyage le grand industriel italien Enrico Mattei s’écrase, une nuit de tempête, en Lombardie. Les raisons de ce crash ne sont toujours pas claires et, fautes de preuves, il est classé comme « accident » même si la plupart de ceux qui se sont penchés sur le sujet croit que l’avion s’est écrasé suite à l’explosion d’une petite bombe embarquée.

Enrico Mattei est né en 1906 dans la très petite bourgeoisie italienne. Il entre à l’usine dès 1923 mais gravit vite els échelons et devient ingénieur chimiste en poursuivant des études en parallèle de son travail. Ambitieux et souhaitant aller plus haut encore, il adhère au parti fasciste italien par opportunisme en 1931. En 1943, il rejoint la résistance démocrate-chrétienne à Mussolini au sien de laquelle il se montre un organisateur et un responsable de la logistique efficace. Ce sont ces états de service qui lui valent, à la fin de la Seconde Guerre mondiale d’être nommé à la tête de l’Agip, la toute petite société d’État fasciste créée pour réaliser des prospections pétrolières, avec pour mission de la démanteler. Il fera exactement le contraire, la transformant en l’ENI, l’une des plus puissantes compagnies pétrolières de son époque et un État dans l’État qui s’affranchira des tutelles traditionnelles du Parti démocrate-chrétien auquel il appartient : la Mafia et les États-Unis.

Soucieux de développer ENI face à la concurrence des « sept sœurs » (les sept plus grosses compagnies pétrolières mondiales, toutes anglo-saxonnes, l’expression qui eut beaucoup de succès en son temps est d’Enrico Mattei), Mattei décide de prospecter là où les grandes compagnies ne sont pas déjà ou bien là où leurs intérêts ont des chances d’être mis à mal suite aux mouvements de décolonisation. En pleine Guerre froide, il va donc négocier avec l’URSS, la Chine communiste et va négocier directement avec de nombreux mouvements indépendantistes en Afrique. Cette politique lui vaudra les protestations officielles de l’OTAN, des réactions furieuses du Conseil de sécurité nationale US et la haine du SDECE français (l’ancêtre de la DGSE) et de l’OAS en raison de son financement du FLN algérien et de sa volonté de s’implanter dans le Sahara algérien où du pétrole et du gaz viennent d’être découvert. Pour s’assurer une certaine tranquillité, ENI et Mattei corrompent énormément d’hommes politiques et, peu confiant dans les services secrets italiens, fait assurer sa sécurité par une garde personnelle recrutée parmi d’anciens résistants antifascistes que Mattei a connu dans la clandestinité. Pour les Italiens, il est tantôt vu comme un paladin nationaliste voulant l’indépendance et la grandeur de son pays, tantôt comme un individu froid et calculateur avec une insatiable soif de pouvoir et ne supportant pas d’être mis sous tutelle. Il était peut-être tout cela en même temps.

L’ancien agent français Philippe Thyraud de Vosjoli a affirmé dans ses mémoires que Mattei avait été éliminé par le SDECE afin que la France puisse garder la main dans le dossier pétrolier algérien.
Dans les années 90, une repenti de la mafia sicilienne a assuré que Mattei qu’il avait été éliminé par des mafieux siciliens travaillant à la demande de la mafia italo-américaine, eux-mêmes ayant reçu le contrat soit des services secrets US, soit d’une compagnie pétrolière US.

En 1970, Francesco Rosi commença à travailler sur un film sur l’affaire : « L’affaire Mattei ». Il engagea pour le travail d’enquête le journaliste Mauro De Mauro qui travailla sur une piste en Sicile. Il découvrit une cassette d’un discours prononcé par Mattei très peu de temps avant sa mort et l’écouta de multiples fois, considérant qu’il y avait là un point important. De Mauro disparut huit jours après sa découverte, son corps n’a jamais été retrouvé. Le film de Francesco Rosi a reçu la Palme d’or à Cannes en 1972 avec Gian Maria Volonte dans le rôle d’Enrico Mattei.

En matière d’inspiration, je ne sais pas si on a découvert du pétrole au large de Los Murcielagos au début des années 60 mais Félicie (la version française et très gaulliste de Delta Green inventée par Tristan Lhomme dans Casus première version) avait développé un grand intérêt pour les sous-sols du Sahara algérien… et pas que pour le pétrole.
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Messagepar Léonard » Dim Avr 22, 2012 9:47 pm

Allez, je m'y mets, avec une affaire qui n'a pas grand chose à voir avec celles proposées par Odillon :

L’affaire de l’île Pitcairn

L’île Pitcairn est un îlot de 5 km2, perdu au beau milieu de l’océan Pacifique, à plus de 2000 km de tout autre terre habitée. C’est un territoire britannique dont la population s’élève à 45 personnes seulement, ce qui en fait le territoire autonome le moins peuplé du monde.
Autre particularité de l’île : ses habitants descendent presque tous des fameux révoltés du Bounty. En 1790, huit marins anglais, après avoir abandonné en mer leur capitaine et une partie de l’équipage, et avoir embarqué une poignée de Polynésiens (surtout des femmes), s’installèrent sur l’île déserte de Pitcairn. Cette communauté vécut coupée du monde pendant plusieurs années. Elle fut décimée par des violences entre Anglais et Polynésiens, qui se disputaient la possession des femmes, puis par l’alcoolisme.
En 1808, quand un navire débarqua sur l’île, il ne restait plus qu’un Anglais, dirigeant une communauté de 14 enfants. C’est d’eux dont sont issus la plupart des habitants actuels de l’île.

En 2004, une affaire de moeurs secoua l’île Pitcairn : sept hommes, dont le maire, Steve Christian (descendant du célèbre chef des mutins, Fletcher Christian) étaient accusés de viols et d’abus sexuels sur des mineures. Il semblerait que depuis très longtemps, certains hommes de l’île abusent des jeunes filles dès l’âge de 12 ans. Certaines habitantes de l’île prirent même la défense des accusés en affirmant qu’il s’agissait de pratiques habituelles à Pitcairn.
Six des accusés furent condamnés à des peines allant de 2 à 6 ans de prison. Ils ont à présent tous purgé leurs peines, et continuent à vivre à Pitcairn.


Je sais pas vous, mais je trouve qu'on pourrait facilement rajouter du monstre cthulhoïde à tous ça...
::(
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Messagepar Silent Bob » Lun Avr 23, 2012 7:27 am

Dans ce dernier cas, rajouter des monstres adoucirait l'horreur. L'endroit serait peut être plus adapté à un Dés de Sang qu'a un Cthulhu.
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Messagepar Léonard » Lun Avr 23, 2012 8:45 am

Oui, mais je crois que si j'utilisais ça en jeu de rôle, j'aurais justement envie d'adoucir l'horreur. Transformer ce fait divers sordide en culte des Profonds, ça permettrait de mettre un peu de distance.
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Messagepar Odillon » Mar Avr 24, 2012 2:04 pm

Je crois que je ferai également comme Silent Bob si je devais m'inspirer de cette histoire dans un style "horreur". Je mettrai des créatures surnaturelles si je souhaite la jouer "pulp".

Finalement, y mettre des profonds ou toute autre créatures surnaturelles est presque rassurant : des créatures monstrueuses les ont corrompus, ce n'est pas un rassemblement de population consanguine qui, coupé du monde, a adopté des coutumes et traditions dégénérées avec des chef qui assouvissent leurs pulsions sur des filles prépubères.
Et en plus, je n'ai strictement rien à vous vendre.
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